NOU KA SONJÉ
Albert LIRVAT
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Albert LIRVAT
Dit Al LIRVAT

Né à Pointe-À-Pitre le 12 février 1916, à l'age de quatre ans, son oncle Léogane qui est luthier lui offre une mandoline, Ti Bebert assimile les leçons et conseils de son oncle, cela le conduit à vouloir étudier le banjo, à onze ans il maîtrise ce nouvel instrument qui lui permet de se divertir en dehors de ses heures d'études.

Au lycée Carnot ou il est élève, il monte un petit orchestre avec quelques copains qui eux aussi devinrent des musiciens professionnels en France.
A seize ans, Albert compose Touloulou cette biguine recueille un succès insoupçonné, cinquante ans après elle fait toujours partie des grands classiques.
La biguine suivante " Moune A Ou Cè Moune A Ou " vient couronner la première.
Le chef de l'orchestre " Los Créolitos " prend de l'assurance.
Il prend son bac avec succès et souhaite faire des études d'ingénieur de transmission.C'est avec sa guitare que l'étudiant musicien débarque à Paris en décembre 1935.


Il effectue les démarches concernant ses études, et multiplie aussi ses contacts auprès des musiciens qu'il rencontre dans ses sorties nocturnes.
Sa réputation de jeune et grand compositeur lui ouvre nombre de portes des lieux ou la musique traditionnelle des Antilles est diffusée.
Sa biguine Touloulou est jouée par tous, de plus, ces musiciens professionnels le considèrent comme un virtuose de la guitare, il arrive à concilier étude et animations musicales.L'arrivée de la guerre 1939 - 1945 le pousse à rentrer en Guadeloupe, c'est l'occasion pour lui de s'offrir des vacances ; et c'est ce qu'il fait pour rejoindre son pays, dans l'euphorie de ses vacances il reçoit " un délai de route " pour son incorporation dans l'armée, il est envoyé à la Martinique !
La France est en guerre avec l'Allemagne ce qui explique que les casernes recrutent nécessairement, elles sont pleines d'une jeunesse qui devra rejoindre le front, Albert LIRVAT fait partie de ceux qui seront parqués au " Lycée Schoelcher " avec pour tout confort des mottes de paille pour dormir, avec lui quelques musiciens martiniquais tels que Ti Jo BALUSTRE et Maurice LONGRAIS, cette situation pour le moins rocambolesque amène le guitariste guadeloupéen à immortaliser cet état de fait, il compose " A Dans Paille La ".
Sans se soucier d'un éventuel départ à la guerre, ils passent leur temps à faire de la musique à longueur de journée et de soirée, Maurice LONGRAIS assure tantôt la trompette et aussi la batterie il en est de même pour Ti Jo BALUSTRE d'autres musiciens se joignent à eux.
La nouvelle tombe un beau matin, Albert LIRVAT est désigné pour se rendre à Rochefort à l'école qui assure la formation d'élèves officiers de réserve (E.O.R.).
Paris est en pleine occupation allemande, après sa formation il rejoint la direction du bureau de transmission de la capitale.
Au fur et a mesure, il reprend contact avec ses copains musiciens, l'Allemagne à la main mise sur Paris, elle donne la chasse aux musiciens noirs, quelques-uns uns d'entre eux sont arrêtés et envoyés dans des camps, d'autres au front, c'est ainsi que Victor COLLAT, Sosso PE-EN-KIN sont grièvement blessés et succombent des suites de leurs blessures, cela se passe en 1940.

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Al Lirvat est décédé
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Al Lirvat est décédé ce samedi 30 juin 2007


Notre panthéon




Al Lirvat, une légende



S’il existe un musicien dont la trajectoire sur un demi siècle est exemplaire, et qui peut symboliser tout le potentiel guadeloupéen, c’est bien Al Lirvat.
En effet, de la fin des années trente jusqu'à tout récemment, il a non seulement fait œuvre de pionnier, de galvaniseur d’énergies, et de découvreur de talents mais aussi exercé ses talents dans des sphères d’activité très variées. D’abord réputé comme instrumentiste, à la guitare puis au trombone, il a également été chanteur, parolier, mais particulièrement novateur comme compositeur, chef d’orchestre et arrangeur ; sans oublier quelques apparitions au théâtre et au cinéma (Paris Blues avec Louis Armstrong et Sidney Poitier en 1961, puis Siméon d’Euzhan Palcy, dans son propre rôle, en 1992).

Né en 1916 à Pointe à Pitre Albert Lirvat est très tôt en contact avec ses premiers instruments grâce à un oncle luthier. Adolescent il prend goût au banjo et crée, dès le lycée, son premier orchestre Los Creolitos. Il compose déjà à cette époque quelques chansons dont plusieurs, comme Touloulou, deviendront des classiques.

Arrivé à Paris en 1935 pour y poursuivre ses études, il continue à jouer en amateur et fait la connaissance du martiniquais Pierre Louiss ( père de l’organiste Eddy Louiss). Tous deux se découvrent une passion pour la guitare et pour le jazz ; leurs recherches communes débouchent sur des duos de guitares élégants et complices ; le premier enregistrement pour chacun a lieu en 1939. C’est aussi l’époque où Lirvat côtoie brièvement le clarinettiste Stellio, première gloire de la biguine en métropole.


Démobilisé en 1940 Al Lirvat est contacté par le trompettiste et chef d’orchestre guadeloupéen Félix Valvert qui, appréciant ses talents de guitariste, l’engage et l’incite à s’initier au trombone, instrument très peu pratiqué par les antillais. C’est le début d’une brillante carrière professionnelle où il se révèle très vite un excellent tromboniste.


En Octobre 1942 son ami d’enfance, le clarinettiste et saxophoniste Robert Mavounzy l’invite à le rejoindre dans l’orchestre du camerounais Fredy Jumbo à la brasserie La Cigale, près de Pigalle, où ils jouent du jazz devant un public composé majoritairement d’amateurs allemands ! Ce lieu, aujourd’hui légendaire, alors point de rendez-vous des musiciens antillais, va recevoir, à partir de 1945, la visite de nombreux jazzmen américains de passage. Dès 1943 Al Lirvat participe à la fondation du premier orchestre de jazz composé exclusivement de musiciens « de couleur » : le Hot Club Colonial qui se produit à la Salle Pleyel et enregistre de belles improvisations collectives dans le style Nouvelle Orléans.

Après ce premier séjour à la Cigale il entre à la Canne à Sucre, haut lieu de la musique antillaise, qui ouvre ses portes à Montparnasse en 1946. Il fait alors partie de l’orchestre du martiniquais Sam Castendet qui le pousse sur le devant de la scène en tant que vocaliste, pour de piquantes chansons en créole au sein du duo Alberto et Martinales. Et c’est d’ailleurs avec cet orchestre qu’il va enregistrer pour la première fois quelques unes de ses plus belles compositions : « Doudou pa pléré » et « Mi bel jouné ».

Depuis l’après-guerre Al Lirvat est à l’écoute des nouveaux courants du jazz. Marqué par le premier concert à Paris de Dizzy Gillespie en 1948, il s’ouvre aux innovations du bebop et s’emploie dès lors à moderniser la biguine : « C’est de là que j’ai eu l’idée de créer la ’’ biguine wabap’’ avec des harmonies et donc un phrasé plus moderne, une construction différente et surtout l’emploi de la polyrythmie... J’ai commencé aussi à faire des chants de basse et j’ai introduit le jeu de la pédale charleston qui venait du jazz. » Les enregistrements de 1952 avec Robert Mavounzy en sont un témoignage éloquent.
Au cours de la même année Al Lirvat revient à la Cigale et prend la direction de l’orchestre en 1955. Pour ce public il intercale parfois un morceau de bebop ou une biguine dans un répertoire majoritairement dévolu aux classiques du middle jazz. Jusqu’ à ce qu’il passe le relais à son compatriote, le saxophoniste Emilien Antile en 1959.


Très sollicité pendant toute cette période pour ses talents de tromboniste et d’arrangeur Al Lirvat participe à de nombreux ensembles antillais avec des artistes comme Moune de Rivel, Gérard Laviny, Alphonso, Barrel Coppet et Sylvio Siobud. En 1960 il accompagne Joséphine Baker à l’Olympia et entreprend bientôt ses premières tournées internationales.

Alors qu’il se produit à Paris au Relais Créole, il invente en 1969 le ‘’kalangué’’ (ce qui signifie en créole ‘’ne pas se presser’’) un rythme en deux parties, l’une basée sur l’accentuation « après le temps » inspirée du jazz, l’autre héritée de la biguine. La même année il revient pour la troisième fois à la Cigale où il va diriger l’orchestre jusqu’ à la fermeture de l’établissement en 1975. Entre temps il sollicite Robert Mavounzy qui, pour les deux dernières années de sa vie redeviendra son partenaire à la fois sur scène et en studio pour la maison de disques Célini.
C’est aussi l’époque où il enregistre pour Debs avec Emilien Antile à l’alto, Marcel Louis Joseph au ténor et le jeune Alain Jean Marie au piano. Celui ci, comme beaucoup d’autres jeunes talents (le pianiste Michel Sardaby et le guitariste André Condouant) arrive directement des Antilles à la Cigale et fait ses débuts sous sa houlette.

A l’orée des années 80 Al Lirvat innove encore : il crée la ‘’biguine-ka’’ qui comporte des mesures composées à 5, 6, ou 7 temps à partir des rythmes de la biguine, du kalangué et de la mazurka. Mais les compositions qu’il écrit dans ce nouveau style ne correspondent pas au goût du jour. Concurrencée d’abord par le ‘’compas’’ haïtien puis par le zouk la biguine est largement délaissée par sa communauté.
Pourtant les jazzmen antillais commencent à reprendre de plus en plus souvent ses morceaux et lui-même continue à paraître régulièrement sur les scènes parisiennes, notamment à l’occasion des éditions successives du festival ‘’Jazz et Biguine’’.

La longévité de sa carrière, sa créativité et la richesse de son oeuvre (plus de 200 compositions) lui valent de nombreuses distinctions : les Maracas d’Or en 1978, la Médaille vermeil de la ville de Paris en 1997. Il est promu chevalier de l’Ordre National du Mérite en 1998.


En 2002, le bassiste et compositeur guadeloupéen Eric Vinceno, membre du trio « Biguine Reflections » a fait aboutir un projet qui lui tenait à cœur depuis des années et sur lequel il a longuement travaillé : Wabap, enregistrement de compositions inédites d’ Al Lirvat, avec des arrangements actuels et originaux, qui mettent en valeur la permanence et la modernité de sa musique, et projettent ce patrimoine dans le futur.



Gérard Tourtrol
Producteur d’émissions de Jazz et de Musiques du monde depuis 1987 à France-Culture
Il a longuement interviewé Al Lirvat dans une émission consacrée à La Cigale, lieu mythique parisien, en janvier 1989.
Alain Jean-Marie a été son invité en mars 2001, pour une émission - portrait du trio Biguine Réflections composé d’A.J.M., Jean-Claude Montredon, Eric Vincenot.



Les Editions Frémeaux et Associés fait paraître en 2008 un album enregistré à la Cigale en 1955.

Le CD est accompagné d'un livret. Extraits à écouter sur le site Frémeaux

Direction artistique : Jean-Pierre Meunier


Commentaires (3)


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Par Mag, février 12, 2008

Je viens d'apprendre son décès par le retour de la carte de voeux que je lui avais envoyée le mois dernier ... Je suis profondément attristée par cette nouvelle. Lui qui avait promis d'être centenaire ... Lui à qui j'avais promis de venir lui présenter mon petit garçon ...
C'était en tout cas quelqu'un d'exceptionnel.
Adieu donc cher Al, vole vers ta chèe île qui t'a si souvent manqué. Nous reviendras-tu à la mode de Siméon ?
J'ai une pensée toute particulière pour sa fille et sa petite-fille.
Mes plus sincères condoléances.
Magalie


+1



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Par saleta toulouse, septembre 28, 2008

grand musicien,tu vas nous manquer.
les modes passent mais rien ne vaut la beauté de la biguine,a part le zouk pour moi.
je te promet que sur ma guitare je penserai a toi en jouant la biguine.
au regret de ne pas t'avoir connu et rencontré .al donne le bonjour aux etoiles qui t'ont précédées:edith lefel et tous les autres.


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Par Lina LECA DICKENSON, mars 13, 2010

Je suis née en 1953 et j'habitais 8 rue cauchois à Blanche à deux pas de la cigale. Ma mère sortait avec le contrebassiste de la cigale Pierre Gorame décédé en 1972. J'ai bien connu Al Lirvat, Robert Mavounzi, Lucien Dobas qui aujourd'hui est toujours batteur de jazz et joue aussi dans des concerts Gospel. L'ambiance que l'on décrit dans un ouvrage, c'est exactement ça ; c'est gravé dans ma mémoire. A la fin de la soirée, pendant que ma mère s'éclatait avec ses potes, je m'endormais sur la banquette du fond de la Cigale, face aux toilettes. Je peux dire que j'ai grandi dans cet endroit et même le dimanche en matinée nous allions à la Cigale. Je passe très souvent près de la Cigale et quand je vois que cet endroit est laissé à l'abandon ça me fait mal. Je ne comprends d'ailleurs pas pourquoi ce haut-lieu du jazz, rempli d'histoire n'est pas classé "monument historique". Qu'est- ce qu'on s'éclatait à cette époque. Je suis chanteuse de Reg'nd blues et je parle souvent à mes collègues de cet endroit, de cette époque ....
Merci de me lire.
Sister Lina with love.

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Al Lirvat – trombone
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Al Lirvat – trombone
Al Lirvat, reconnu comme l’un des plus grands compositeurs de la Caraïbe, nous a quitté le 30 juin dernier à Paris. Pendant plus d’un demi siècle, Albert dit « Al » Lirvat aura réalisé un parcours exemplaire, composant inlassablement des morceaux qui, aujourd’hui, sont des standards du patrimoine musical antillais.

Albert voit le jour le 12 février 1916 à PAP. Sa mère, couturière renommée et très sollicitée, le confie à sa sœur et son époux, Savinien Léogane, luthier et vendeur de partitions. C’est lui qui initiera celui qui est encore surnommé Ti Bébert à la musique. A 4 ans, il lui offre une mandoline puis un banjo alto. Ti Bébert grandit en s’imprégnant des conseils et leçons de son oncle. A 11 ans, il maîtrise l’instrument, ce qui lui permet de se divertir quand il n’est pas en classe. Au lycée Carnot où il est élève, il fonde son 1er groupe « Los Créolitos » avec quelques copains de classe, dont certains deviendront eux aussi des musiciens réputés tel Edouard Pajaniandy dit « Edouard Mariépin ». Le petit groupe se produit régulièrement dans les bals, en dehors des heures d’étude. C’est à cette époque, alors qu’il a à peine 16 ans, que le jeune Albert compose « Touloulou » qui restera à jamais l’un des grands classiques du répertoire musical antillais. Sa deuxième composition « Moun a ou cé moun a ou » vient confirmer la première. En 1935, il passe son bac avec succès et décide de poursuivre des études d’ingénieur des transmissions.

Le jeune étudiant débarque à Paris… avec sa guitare. Tout de suite, il fréquente les bals antillais et multiplie les contacts avec les musiciens. Son tube « Touloulou » l’a précédé et est déjà joué par tous, à son grand étonnement. Sa réputation de jeune compositeur talentueux lui ouvre nombre de portes où la musique traditionnelle antillaise est jouée. Il fait la connaissance du Martiniquais Pierre Louise dit « Pierre Louiss » ( le père du célèbre organiste Eddy Louiss ) dans le cadre du Racing Club Antillais où Al est gardien de but. Tous deux sont guitaristes amateurs et ont une passion pour le jazz en général et Louis Armstrong en particulier. Al et Pierre deviennent donc amis et, chaque fois que possible, ils se retrouvent au domicile de Pierre où ils composent et jouent ensemble. De leur complicité naîtront des morceaux uniques tels que « swing but sweet » ou « cet air convient à ma mélancolie » enregistrés chez Odéon en 1939. Cette année-là aussi, Al fait un remplacement dans l’orchestre de Fructueux Alexandre dit « Stellio » et voit le légendaire clarinettiste s’effondrer sur la scène, victime d’un malaise cérébral dont il devra décéder quelques semaines plus tard.

En août 1939, Al décroche son diplôme d’ingénieur et décide de rentrer en Guadeloupe avec la ferme intention de ne plus en repartir. Mais la guerre éclate alors qu’il vient juste de retrouver son île natale. Al étant sursitaire, on l’envoie faire son service militaire en Martinique. Al se retrouve parqué au lycée Schoelcher avec d’autres jeunes comme lui, parmi lesquels des musiciens martiniquais tels que Ti Jo Balustre et Michel Longrais. Au lycée le confort est très sommaire, n’ayant pour dormir que des bottes de paille. Al compose alors « Adan paille la ». Puis, Al doit repartir à Rochefort pour suivre une formation d’élève officier dans les transmissions. La France capitule devant l’armée allemande, Al est démobilisé et se retrouve fin 1940 dans Paris occupé, sans travail ni argent.

En 1941, son ami le saxophoniste guadeloupéen Félix Valvert lui vient en aide et lui propose une place dans son orchestre à la Boule Blanche. C’est celui ci qui incitera Al à apprendre le trombone et lui offrira son premier instrument et ce sera le début de sa carrière de musicien professionnel. Al va alors s’entraîner avec acharnement, répétant inlassablement au grand dam des locataires de son immeuble, et se révéler très vite excellent dans la pratique de cet instrument au point d’être sacré, deux ans seulement après, meilleur trombone de France par le Hot Club de France. Mais à Paris la situation est périlleuse, les Allemands font la chasse aux musiciens Noirs et les rafles sont fréquentes. Félix Valvert décide alors de rejoindre la zone libre en réunissant les meilleurs musiciens antillais. Al, guitariste débutant au trombone, en fait partie, de même que Robert Mavounzy, Eugène Delouche ou encore Claude Martial. En 1942, Al accompagne la grande Edith Piaf à l’Odéon à Marseille.

A son retour à Paris, il rejoint son ami d’enfance Robert Mavounzy et Sylvio Siobud au sein de la formation jazz du batteur camerounais de Freddy Jumbo à La Cigale. Ce lieu, aujourd’hui légendaire, est à l’époque le point de ralliement de tous les jazzmen antillais et de nombreux jazzmen américains de passage. Au total le jazz à la Cigale aura fonctionné 33 ans, de 1942 jusqu’à la fermeture de l’établissement en septembre 1975. Al lui, va y être présent pendant 20 ans, avec des périodes d’interruption, comme musicien puis comme chef d’orchestre à partir de 1955 et restera pour toujours une figure emblématique de ce haut lieu du jazz. En 1943, Al participe à la fondation du Hot Club Colonial qui se produit à la Salle Pleyel et enregistre de belles compositions dans le style New Orleans. En 1946, Al joue à la Canne à Sucre, fameux cabaret antillais de Montparnasse, dans l’orchestre du Martiniquais Sam Castendet.C’est là qu’il rencontrera sa première épouse Martine Alessandrini avec laquelle il formera un duo à succès « Martinales et Alberto ». Leur répertoire est composé de chansons inoubliables : Cé ou mèm qui lanmou,, doudou pa pleuré, tête à mone la, mi bel jouné… Cette dernière biguine a une jolie histoire : « Depuis la fin de la guerre, les musiciens très sollicités n’ont plus le temps de se reposer ni de se réunir entre amis après leurs prestations à la Canne à Sucre. Sam Castendet décide d’y remédier et convie un jour tous ses musiciens à son domicile. Le groupe d’amis, dont Al fait bien évidemment partie, met sur pied un programme d’attaque pour la journée : apéritifs, plats antillais, digestifs, cafés etc. A la fin de la journée, l’un d’entre eux demande son impression à Al qui répond « Mi bel journée ». Ses amis le prennent au mot et le mettent au défi de le prouver. Aussitôt dit aussitôt fait, Al en 10 minutes compose ce chef d’œuvre « mi bel jouné » »

En 1948, Dizzy Gillespie, l’un des chefs de file du mouvement cu-bop , vient présenter son projet à Paris. Al assiste à plusieurs concerts à la Salle Pleyel et lui vient l’idée de la biguine Wabap inspirée du be-bop. La recette est simple et efficace : harmonie dissonante et polyrythmie avec des thèmes de 32 mesures, chants de basse et jeu de pédale charleston pour couronner le tout. Le résultat : quelques uns des plus beaux joyaux du patrimoine musical antillais parmi lesquels on peut citer « tou sa cé pou doudou », « kay fèw », « Gwadloup an nou », « biguine lontan », « ti commission la ». Bien entendu, c’est la rançon des pionniers, Al sera très critiqué par ses pairs antillais qui ne comprenaient pas sa démarche. Mais Al n’en aura cure et continuera à vouloir aller toujours plus loin dans ses recherches. Il faut dire qu’Al avait acquis une culture musicale des plus complètes, en étudiant seul des traités d’harmonie pratique et de théorie musicale. Il pouvait écrire des arrangements d’une complexité incroyable pour des orchestres complets. En 1954, il revient à la Cigale pour jouer avec le trompettiste de jazz américain Jack Butler. Puis en 1955, il prend la direction de l’orchestre de ce lieu mythique et la gardera jusqu’à sa fermeture en 1975. A cette même époque il collaborera avec Moune de Rivel, Sylvio Siobud, et accompagnera Joséphine Baker en tournées internationales et à l’Olympia. En 1969, il crée le « kalangué », deux temps d’after beat inspiré du jazz et deux temps de biguine. Ces compositions resteront 6 ans dans les cartons. Il enregistre également avec Emilien Antile, Alain Jean-Marie, Michel Sardaby, André Condouant. Plusieurs d’entre eux alors jeunes talents émergents arrivent directement des Antilles à la Cigale et vont faire leurs débuts sous sa houlette.

En 1983 Al, toujours animé par la volonté de rénover et faire évoluer les rythmes antillais, crée la « biguine-ka » ou « béka » mélange de biguine et de mazurka. L’exceptionnelle longévité de sa carrière, l’immense richesse de son œuvre (qu’on estime aujourd’hui à plus de 300 compositions dont certaines encore inédites), lui ont valu de nombreuses distinctions. Il faut ajouter encore qu’Al a dirigé l’orchestre de la comédie musicale « l’Île heureuse » en 1980, qu’il a longuement collaboré avec le clarinettiste martiniquais Barrel Coppet avec lequel il a enregistré plusieurs fois, qu’il a fait du théâtre, du cinéma. On se souvient de son rôle dans le film « Siméon » d’Euzhan Palcy tourné en 1992. A la fin de sa vie, Al composait encore, extirpant de ses nombreux papiers des paroles écrites par son ami et voisin Jacques Prévert pour en écrire la musique. Il avait une mémoire incroyable, un humour décapant, un sens appuyé de la taquinerie, une grande gentillesse et une immense humilité. Comme dans « Siméon », Al a souhaité être incinéré et que ses cendres soient dispersées au large de son île natale.

Mise à jour : août 2007
Nelly Martin
Photos Jocelyne Béroard

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http://bananierbleu.com/al-lirvat-trombone/
 
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AL LIRVAT AND HIS CIGAL'S BAND - PARIS 1955
AL LIRVAT INCLUDED BENNY WATERS

Direction artistique : JEAN PIERRE MEUNIER
Label : FREMEAUX & ASSOCIES
Nombre de CD : 1

Vous pouvez acheter ce produit :

- Chez votre libraire ou maison de la presse (Frémeaux & Associés distribution)
- Chez votre disquaire, Fnac ou Virgin (distribution : Socadisc)
- Sur lalibrairiesonore.com
- Sur audio-archives.fr
- Par téléphone au 01.43.74.90.24


"1955. La Brasserie de la Cigale ou Harlem à Paris. Entre Dixieland, Middle Jazz et Rhythm n’ Blues, le sextet du tromboniste guadeloupéen Al Lirvat nous offre un feu d’artifice de groove et de swing. Rare performance du saxophoniste américain Benny Waters, au meilleur de sa forme. Un document exceptionnel et historique à tous points de vue."
Jean-Pierre Meunier


"1955. The Brasserie de la Cigale was the Parisian Harlem. Influenced by Dixieland, Middle Jazz and Rhythm ‘n Blues, the sextet led by the Guadeloupian trombonist Al Lirvat presents a pyrotechnic display of groove and swing. A rare performance by the American saxist Benny Waters, on excellent form. An exceptional and historic document in every way." Jean-Pierre Meunier

Al Lirvat (tb), Benny Waters (ts, ss, cl), Childebert Mourinet (as), Pierre Jean-Louis (p), René James (b), Harold Smith (dm), Georgie Smith (voc).

Production : Frémeaux & Associés avec le soutien d'Al Lirvat. (antilles, créole, caraîbes, french west indies).
Droits : Groupe Frémeaux Colombini SAS.
Liste des articles de presse consacrés à ce CD :
- « Tout le talent du jazzman Al Lirvat » par Le Journal du Dimanche
Il était une fois, à Paris, au cœur de Pigalle, une brasserie pittoresque où, pour le prix d’une bière pression, on pouvait déguster, sans modération, jusqu’au bout de la nuit, un jazz explosif sous l’impulsion du tromboniste guadeloupéen Al Lirvat entourés de musiciens également domiens. Cette brasserie où se côtoyaient, dans une ambiance détendue et joyeuse, soldats américains, prostitués et jazzophiles se nommait « La Cigale ». Pendant vingt ans, de 1955 à 1975, cette boite, aux parfums de Harlem, fut un haut lieu du jazz de la capitale. Al Lirvat s’est éteint, voici un an, à l’âge de 91 ans, après avoir enregistré un centaine de disques, soixante-dix-huit-tours et microsillons, des trésors aujourd’hui introuvables. Raison de plus pour acquérir l’album qu’il a gravé à Paris, en 1955, à la tête de son orchestre de La Cigale où figurent, exceptionnellement, le fougueux saxophoniste américain Benny Waters à la fois disciple de Bechet, de Hawkins. Une réédition que l’on doit aux Editions Frémeaux soucieuses de la sauvegarde de la belle mémoire musicale. C’est toute l’ambivalence de la jam session permanente à la Hampton que l’on retrouve dans ce CD à travers une douzaine de thèmes, pour la plupart des standards, de « Route 66 » à « When the Saints » où la sonorité puissante, chaleureuse et cuivrée du tromboniste leader fait merveille ! Si le présent album révèle tout le talent du jazzman Al Lirvat, il ne faudrait pas oublier l’impulsion déterminante qu’il a donné à la musique antillaise, favorisant l’essor du jazz caribéen dont Michel Sarbady, André Condouant, Alain Jean-Marie, Mario Canonge et quelques autres demeurent aujourd’hui les plus illustres représentants . LE JOURNAL DU DIMANCHE
- "A highly accomplished trombonist from Guadeloupe" par Blues & Rhythm
"Back around the time that this set was originally recorded, Paris was the jazz capital of Europe, attracting many Americans, some of whom settled there – but this CD shows that there was no lack of talent from elsewhere to be found in the French capital. The Brasserie De La Cigale was a prestigious club (though a flyer reproduced in the excellent and detailed booklet states, “We are a ‘café’, not a ‘night club’”) featuring musicians on long residencies and despite being a studio recording, this CD apparently captures the sound and ambience very well. I can certainly believe it. Al Lirvat, who died last year aged 91, was a highly accomplished trombonist from Guadeloupe in the Caribbean, equally at home with biguine as with jazz, though the focus of this set is firmly on the latter. His band comprises fellow Guadeloupeans Childebert Mourinet on alto sax and pianist Pierre Jean-Louis, bassist René James from Madagascar, and Trinidadian brothers Harold (drums) and Georgie Smith (vocals) – oh, and on tenor and soprano saxes and clarinet, Benny Waters.
Brighton, Maryland born Benny Waters had settled in France by the time of this session but he had taught future Duke Ellington baritone saxist Harry Carney, worked with Charlie Johnson’s and Fletcher Henderson’s bands and played on numerous recording sessions prior to World War II; post-war he had toured and recorded for a couple of years with Roy Milton and that influence certainly surfaces on a couple of items on this excellent blowing session. Most obvious of course is ‘Blues In The Groove’, a fine riffing instrumental, though the swinging Lirvat composition ‘No Work Today’ also finds Waters essaying R’n’B licks on his tenor sax. ‘Swinging’ does in fact nicely describe much of this album. There are also a couple of languid ballads, an excellent soprano sax feature for Waters on the opening ‘Summertime’, and Georgie Smith comes across sub-Louis Armstrong with his singing on ‘Yes! The Cigal Sings Again’; he also sings on ‘Saints’, really just an excuse for everyone to take a chorus or two.
This music was originally issued by the largely classical label Urania Records, and it seems most records were sold in the club itself. The sound quality is excellent, and any student of jazz in Europe – or lover of Benny Waters’ music - is recommended to pick up a copy."
by NORMAN DARWEN - BLUES & RHYTHM
- « Un événement musical » par Classica Répertoire
Pigalle, alors haut lieu cinématographique, offrait au promeneur dans les années 1950 et 1960 (et même jusqu’en 1975) toutes sortes d’endroits où il pouvait pour une bière (ou autre chose) écouter de la musique vivante, jouée par des vrais gens sur des vrais instruments. La Cigale était l’un de ces endroits qui justifiait à lui seul une sortie jusqu’à l’heure du dernier métro. L’orchestre d’Al Lirvat y régnait en petit maître. Le jazz le plus simple (non simpliste), le plus direct, le plus sincère aussi, s’y faisait entendre. Le tromboniste guadeloupéen y était entouré de musiciens pleins de santé: entre autres, Benny Waters (mort à 96 ans), Michel Sardaby (toujours en activité) ou le regretté Robert Mavounzy, mystérieusement décédé. En février 1955 l’animateur d’une petite maison de disques, Uriana, à l’idée d’enregistrer cette formation familière aux Parisiens noctambules. Paraissent ainsi quatre 33 tours 17 cm aux pochettes noir et blanc devenues depuis des raretés insignes, le distributeur Tahlia Disques ayant rapidement fait faillite. On ne saurait donc trop remercier Jean-Pierre Meunier et Patrick Frémeaux de mettre à disposition dans des conditions superlatives l’ensemble de ce qui a été enregistré et d’apporter toute la documentation souhaitable sur cette formation devenue légendaire qui a conquis au jazz avec entrain et décontraction plusieurs générations. Y sont en particulier reproduites les quatre fameuses pochettes des vinyles Urania (dont seul le UJLP 802 fut un peu distribué). Davantage qu’un événement musical, il s’agit de la résurrection de temps disparus restés chers à tous ceux qui les vécurent, charmeurs à ceux qui en découvrirent les traces émouvantes. CLASSICA REPERTOIRE
- «Tromboniste de valeur et personnage-clef du jazz parisien » par Jazzman

En ces années-là, lorsqu’ un amateur avait dépensé toutes ses économie entre le club de St Germain et le Blue Note, il lui restait une seul solution afin d’assouvir son vice : aller pour le prix d’une consommation écouter les « Antillais » à la Cigale. Sous le signe de l’éclectisme s’y pratiquait un jazz roboratif de première qualité. Nous est offert aujourd’hui l’opportunité de revenir sur ces moments de bonheur et, un demi siècle plus tard, s’imposent toujours la qualité des arrangements d’Al Lirvat (Route 66, I’m in the mood for love, When the saints) et la valeur des solistes. Benny Waters qui, sur Blues in the Groove ou Yes ! The Cigal Sing again damerait le pion à l’illinois Jacquet ; Chidebert Mourinet proche de l’excellent Robert Ma-Vounzy ; Pierre Jean Louis, surprenant pianiste ( Two Baboons) et Al Lirvat lui-même, tromboniste de valeur et personnage-clef du jazz parisien qui révéla Michel Sardaby, Alain Jean Marie et André Condouant. Il est bon de pouvoir lui rendre tribut aujourd’hui.
Alain TERCINET – JAZZMAN

- « Al Lirvat and his cigals band» par Jazz Magazine

De 1955 à 1961, le tromboniste guadeloupéen Al Lirvat a dirigé l’orchestre de la Brasserie de la Cigale, qui comptait dans ces rangs le saxophoniste Benny Waters. Il existe peu d’enregistrements de ce septette, qui naviguait entre middle jazz du dixieland. Celui-ci, datant de 1955, témoigne d’une des facettes du jazz que l’on pouvait entendre alors à Paris.
P.P - JAZZ MAGAZINE
- « Al Lirvat » par Audiovidéo

Voici l’exemple, presque caricatural, de musiciens oubliés par le star system, et qui, pourtant jouaient comme des dieux. Dès la première note, jouée au sax soprano par Benny Waters avec une force qui rappelle celle d’un Sidney Bechet, on est saisi par l’émotion. Dès que l’orchestre commence à se donner, avec une fougue digne des plus grands, on est gagné par le swing. Le tromboniste guadeloupéen Al Lirvat, Childebert Mourinet, dit Chil’ Debeer (as), Pierre Jean-Louis (p), René James (b), Harold Smith (dm), Georgie Smith (voc) animaient la brasserie de la Cigale dans les années cinquante. Summertime, Route 66, When the saint, c’est du plaisir à l’état pur. Frémeaux nous le restitue. Si les droits d’auteur devaient être allongés, comme prévu, à 95 ans pour les ayants droit, qui se souviendrait encore d’eux en 2055 ?
Michel BEDIN - AUDIOVIDEO
- « Al Lirvat and His Cigal’s Band » par Phonoscopies
A la brasserie La Cigale, 124 bd Rochechouart, l’un des lieux mythiques du jazz parisien, se produisit en 1955, et pour des années, un remarquable orchestre de style traditionnel, dirigé par le tromboniste Al Lirvat à la tête d’un sextette où se détachait le clarinettiste et le saxophoniste Benny Waters. Nous avouons l’avoir parfois écouté « à travers la vitre »… PHONOSCOPIES
- « La formule assez originale » par Jazz Classique

« Il est extrêmement émouvant, pour moi, de découvrir cette séance historique d’Al Lirvat, car c’est à La Cigale que j’ai entendu mon premier concert de jazz, l’endroit étant moins pince-fesse que La Huchette ou d’autres clubs du Quartier Latin. De plus, j’y fis mes premiers pas professionnels au mois d’août 1974, à la demande de Francis Weiss, qui avait remplacé le pauvre Robert Mavounzy, disparu tragiquement à la fin du printemps, mais n’avait pu annuler ses vacances familiales. Il me fut donné de fréquenter quotidiennement le plus sympathique, cool, intelligent et plein d’humour des chefs d’orchestre, Albert lui-même, dont je m’inspire, aujourd’hui encore, pour diriger sur scène. Je retrouve, déjà dans ce disque, toutes ces qualités dont le fondement était une modestie à toute épreuve, un art discret pour faire briller ses partenaires, sans oublier de passer la surmultipliée, au moins une fois par set. Au piano, dans l’ombre propice à sa timidité légendaire, se tenait l’immense Alain Jean-Marie, fraîchement débarqué de la Guadeloupe.
Mais revenons en 1955, avec cet orchestre à la formule assez originale : un trombone et deux saxes pour la mélodique, permettant un son relativement moëlleux, bien dans le feeling d’Albert, avec des leads d’alto de Childebert Mourinet, excellent saxophoniste antillais, dont on sent bien qu’il n’a pas joué que du jazz, mais qui donne le meilleur de lui-même, aiguillonné par la présence du phénoménal Benny Waters.
Ancien des orchestres de King Oliver, Clarence Williams, Fletcher Henderson, Charlie Johnson, Stuff Smith, Claude Hopkins, Jimmie Lunceford, Roy Milton et Jimmy Archey, il s’était établi en Europe (Suisse, puis France) en collaborant notamment avec Bill Coleman, puis devint un pilier de cette étonnante brasserie de la Cigale, où se mêlaient Américains et Antillais, pour le plus grand plaisir d’un public dénué de tout sectarisme. On retrouve dans cette séance, le soucis de faire cohabiter les grands standards (Summertime, The Saints, etc.), les chansons populaires (Don’t Blame Me, I’m In The Mood For Love), généralement spécialités du patron, et des compos originales, très influencées par l’univers bop, une couleur antillaise se profilant çà et là. La rythmique, emmenée par un bouillant Pierre Jean- Louis, qui fleure son Bud Powell à cent pas, est très agréable et sonne plus actuelle que l’on pourrait s’attendre. Enfin on apprécie quelques vocaux de Georgie Smith, frère du batteur de la séance, Harold. Ce C.D. est un document exceptionnel, qui fait revivre la musique de cette brasserie avec beaucoup d’honnêteté et de swing.
On doit remercier très chaleureusement Jean – Pierre Meunier pour la formidable qualité de son travail, tant pour la restitution de la musique, que pour les textes du booklet, qui constitue un maillon indispensable de la connaissance du jazz en France.
Je ne peux finir cette chronique sans évoquer, une dernière fois, le swing, la vitalité, le sens de la scène et la grande gentillesse à mon égard (je lui portais ses valises de saxes avec fierté) de Benny qui m’a tant appris, et la chaleureuse et paternelle attitude d’Albert, heureux compositeur de Célestin, que le génial Eddy Louiss me permit d’interpréter au Grand Cabaret de Fort de France devant Aimé Césaire et des milliers d’Antillais, mes frères. »
Par Daniel Huck - JAZZ CLASSIQUE
- « L’orchestre pétille de swing, de punch » par Revue des Médiathèques et des Collections Musicales

« Né en 1916, décédé en juin 2007, le tromboniste (et multi-instrumentiste : guitare, chant) Albert «Al» Lirvat a vécu une très longue et foisonnante carrière musicale. Une vie de musicien aux multiples facettes : trombone soliste, sideman recherché, compositeur talentueux, chef d’orchestre très demandé. Cela dans deux principales esthétiques musicales : la musique antillaise qu’elle soit traditionnelle ou réinterprétée (il est l’inventeur d’un style nommé la biguine wabap mêlant la biguine traditionnelle des Antilles francophones et le jazz) et le jazz. Dans ce dernier domaine, le jazz d’Al Lirvat va du jazz classique au jazz moderne be-bop. Au milieu des années cinquante le propriétaire d’une grande brasserie parisienne nommée « La Cigale » , sise 124 boulevard Rochechouard à Paris, lui confie le soin de monter un orchestre « maison » pour animer les soirées et un concert régulier le dimanche en fin d’après-midi. Ainsi Al Lirvat et son sextette animent ce lieu quasiment jusqu’à sa fermeture en septembre 1975. Située dans le quartier des musiciens (Pigalle), La Cigale fut pendant près de vingt ans un haut lieu du jazz parisien. Haut lieu où le sextette d’Al Lirvat distilla un jazz tant raffiné que bon enfant et dansant. Beaucoup de musiciens de jazz des Antilles françaises firent ici leur début, comme le pianiste guadeloupéen Alain Jean-Marie. Quelques musiciens américains passèrent dans l’orchestre. Et parmi eux le saxophoniste Benny Waters qui joua Fletcher Henderson en 1929. L’opus intitulé Al Lirvat And His Cigal’s Band feat. Benny Waters, réédité de main de maître par le spécialiste des musiques antillaises Jean-Pierre Meunier chez Frémeaux & Associés est un témoignage essentiel du jazz « cigalien ». Enregistré au cours de la première année de résidence à La Cigale, l’orchestre pétille de swing, de punch, de poésie et de raffinement même dû aux arrangements du leader et de son invité américain. Bien sûr ça n’est pas la même chose que Duke Ellington ni même Count Basie. Mais l’orchestre d’Al Lirvat a un son bien à lui, des solistes inventifs. Quelle version de Summertime par Benny Waters au saxophone soprano, hommage pertient à Sidney Bechet ! Quel magnifique thème qu’est When The Saints Go Marchin’in qui donne immédiatement envie de danser. À côté des grands maîtres, il y a les grands petits maîtres. Al Lirvat et Benny Waters sont de ceux-là. Une réédition jazz indispensable. Vraiment ! »
Par Jean-Claude Quéroy - REVUE DES MÉDIATHÈQUES ET DES COLLECTIONS MUSICALES
- « C’est un plaisir » par Jazz Hot
« Nous avons connu La Cigale, un café avec une petite scène où s’exprima l’orchestre du tromboniste guadeloupéen Al Lirvat (1916-2007) dont la disparition récente n’a pas saturé les pages des revues de jazz. Nous nous souvenons qu’il y avait des photos à l’entrée dont celle de Benny Waters. Lirvat a dirigé l’orchestre à La Cigale en 1955-61 et 1969-75. Dans les années 1960, le trompettiste Jacques (Jack) Butler y officia, mais il était déjà en place avant Lirvat, car c’est lui qui a engagé en mars 1954 Benny Waters, arrivé en France en 1952 dans l’orchestre du trombone Jimmy Archey. Il s’illustra avant chez Bill Coleman (1953-54). Cette réédition des rares microsillons 33t-17cm Urania rend justice à Benny Waters, soliste au soprano dans un « Sumertime » qui cherche à rivaliser avec la version géniale de Sidney Bechet. Le plus souvent, ici, il est au ténor dans un style rond et volubile, inimitable, puissant vers de (rares) moments « hurleurs », lui qui est passé dans l’orchestre rhythm & blues de Roy Milton (1947-48) et qui, on le sait moins, fit (comme Guy Lafitte) quelques séances de rock & roll. C’est l’excellent et oublié Harry Perret qui rendra la suite de Benny Waters à La Cigale en 1956. Lorsque nous sommes allés à La Cigale en 1972, l’altiste était le légendaire Robert Mavounzy (il a joué en 1970-74). Il faut souligner dès maintenant que, comme Mavounzy, Lirvat ne fut pas insensible au bebop (à partir de 1948) et que le présent disque n’est pas de la biguine. Il s’agit d’un jazz qui du style mainstream pour l’ancrage, « évoque » le dixieland (« Original Dixieland One-Step ») et touche, plus souvent, au bop dans les riffes, le jeu de l’altiste et du pianiste Pierre Jean-Louis. Un passage chanté par Georgie Smith est même une caricature à peine exagérée des vocalises de Dizzy Gillespie et Joe Carroll, très populaires en France depuis un séjour en 1953 (« Yes, the cigal sings again »). Est-ce cette fréquentation boppisante (superficiellement) qui vaut à Benny Waters de ne pas figurer dans le Dictionnaire du jazz d’Hugues Panassié ? Childebert Mourinet (1924-19996), lui, est ignoré de tout le monde (ou presque). Né en Guadeloupe, il fut d’abord batteur et trompettiste avant de se consacrer au saxo alto. Ce brillant disciple de Robert Mavounzy a joué à La Cigale pour les trompettistes Hubert Pontat (1952) et Jacques Bulter ( en 1953-54), puis pour Al Lirvat (1955-57). Toutes ses interventions dans ce disque sont du plus haut intérêt. Les arrangements d’Al Lirvat sont simples donc efficaces, et son jeu de trombone est savoureux (« Don’t Blame Me », etc.) : sonorité des tournures bop qui sonnent « rapportées » (comme si un Al Grey cherchait à imiter Curtis Fuller). C’est un plaisir. Une réédition d’autant plus réussie que le livret (texte de Jean Pierre Meunier et photos rares) est d’un très bon niveau d’information. »
Par Michel Laplace — JAZZ HOT

Liste des crédits sur ce CD :
Al Lirvat, Gershwin Georges , Lirvat Al. , Troup Bobby , Mchugh J. , Waters Benjamin , Fields D., Colombo Joseph , Smith G. , Traditionnel , Nichols Red
CD Piste Titre

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Vendredi 6 Juillet 2007
Al Lirvat, les obsèques


Départ en musique pour Al Lirvat


Alain Jean-Marie, Mario Canonge, Roland Pierre-Charles, Eric Vincenot ou encore Thierry Fanfant sont restés silencieux. Seuls les anciens ont chaussé leur cuivre pour accompagner le vieux copain Al Lirvat au paradis des musiciens. Ti Marcel, Camille Soprane, Joël Bonté et Richard Déçu lui ont joué leur dernier au revoir, vendredi après-midi, au colombarium du cimetière du père Lachaise, à Paris.
La belle fille d’Al Lirvat a pris la parole pour rappeler que c’est Al qui lui avait fait danser sa première biguine à 3 ans, que c’est elle qui lui a fait danser sa dernière biguine, il y a trois mois pour son anniversaire… Jean-Pierre Meunier, sans doute le meilleur spécialiste d’Al Lirvat a  plaidé pour que la Guadeloupe offre au plus grand de ses grands musiciens une veillée populaire avant que ses cendres ne soient dispersées en mer par la petite-fille de l’artiste Marylène. Vieux complice, le batteur Jean-Claude Montredon s’est demandé où surgirait le premier boulevard Al Lirvat… 200 œuvres déposées à la SACEM, ça vaut bien une rue !  
SOURCE :fxgpariscaraibe

http://www.fxgpariscaraibe.com/3310-categorie-844207.html
 
 
 
Albert LIRVAT
 
 

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