NOU KA SONJÉ
Anderson BAGOE
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Anderson BAGOE
1906 - 1993
L'implosion d'une montagne

Fils de Rosanie PLACIDE et de Herménégilde BAGOE ; Anderson est le deuxième enfant de cette famille.
Des son enfance il fait de l'ombre à son frère aîné Clotaire. Le couple s'en aperçoit vite et le père dit à qui veut l'entendre que son fils Anderson est intelligent comme un macaque !! Pour s'amuser, l'enfant prodige se fabrique des flûtes avec la tige creuse des feuilles de papaye.
Au fur et à mesure qu'il en tire des sons, il les perfectionne jusqu'au jour ou il parvient à en tirer des airs. Plus tard ; il se rabat sur le bambou. Cette matière lui convient davantage.

Il possède maintenant sa flûte et avec des copains de son âge " Omer et Louis KROMWEL, René et Mano PASTEL ". Il joue des airs connus, à la grande joie du voisinage
Une chose est certaine le pére s 'est aperçu de la passion du fils pour la musique ; et il n'est pas question que son Anderson soit musicien. Donc, tout le quartier est aux aguets et surveille l'arrivée de papa BAGOE qui a la réputation d'être un homme de rigueur dont la sévérité est légendaire. Il est adjudant de police ; très respecté et très connu à Fort de France.
Anderson affiche un profond respect pour cet homme, mêlé à de la peur.
Le temps passe ; il se passionne davantage pour la musique et passe à la vitesse supérieure en empruntant la clarinette d'un de ses cousins. Il s'initie rapidement à l'instrument et décide d'aller voir le professeur DANJOU pour étudier le solfège et l'harmonie. C'est chose faite ; il assimile vite et le professeur en est ravi. Un jour le père surprend son fils en train de faire danser ses frères et sœurs et leurs cousins. La clarinette est brisée. Anderson ne se décourage pas ! il explique ses malheurs à son professeur qui après plusieurs interventions parvient a convaincre le policier. L'autorisation est accordée. Mais deux autres clarinettes sont encore brisées.
Anderson est donc intégré dans la fanfare que dirige monsieur DANJOU et les jeux sont faits. Cette fanfare n'est autre que l'orchestre symphonique l'Aurore. Un grand musicien naît. A seize ans, il compose son premier succès. Il mène parallèlement ses études tout en pratiquant la musique.
Désireux de devenir professeur d'anglais, il va à Barbade et à Trinidad pour parfaire sa culture linguistique. Il découvre de talentueux musiciens qui lui donnent l'occasion de faire " le bœuf ". A vingt deux ans il abandonne la clarinette pour le saxo. Premier martiniquais à jouer de cet instrument.
En prévision des fêtes du tricentenaire, il introduit le saxophone dans son orchestre. Il dirige le " Bagoé's Hot Jazz " et au Tricentenaire, pour le rattachement de la Martinique à la France, il rivalise avec Eugène DELOUCHE, un très grand clarinettiste revenu de Paris pour la circonstance. Cela se passe à Gallieni l'actuel Parc Floral.
Dans son dancing, il organise des tours de danses pour enfants, adolescents et adultes. A cette occasion, il lance la danse Américaine le " Fox Trot ". Il y joue bien sûr de la variété Française, parce que abonné à des maisons d'Editions qui lui envoient des partitions qu'il déchiffre sans oublier son répertoire de musique traditionnelle. De son côté DELOUCHE ne joue que cette musique traditionnelle avec brio.
Il faut préciser qu'à la maison il y avait beaucoup de disques en cire (78 tours) ; et que le gramophone fonctionnait presque sans arrêt.
A cette époque du Tricentenaire, Anderson côtoie tous les meilleurs musiciens du moment. Il faut rappeler qu'il fait partie de l'orchestre philharmonique " la Sainte Cécile " qui est l'élite même de la musique à la Martinique.
" Le Bagoe's Hot Jazz " se compose de Maurice et Lucien CHARLERY - Bertrand MAZET - André ZECLER - TiJo BALUSTRE et Maurice LONGRAIS, de ces mélomanes se dégage une musique claire et limpide. Ceux-ci sont d'éminents lecteurs. Il jouent sur partitions et cela explique leur succès.

Maurice CHARLERY pratique le banjo, la guitare et le piano, son frère Lucien, le violoncelle et la contrebasse, Tijo BALUSTRE la batterie et parfois la trompette, Bertrand MAZET, le banjo et le saxo, Maurice LONGRAIS la trompette et la batterie, Anderson tient le saxo et la clarinette.

A GALLIENI en face de l'orchestre d'Eugène DELOUCHE durant toute la période du tricentenaire existe une ambiance euphorique. Un ou deux autres orchestres officient aussi ; entre autres le " Caraïbe's Jazz " avec EUFROSINE au banjo, clarinette et saxo - Florencio CORNEO à la trompette - Henri LUCHEL à la batterie - Frantz BLERAL au saxo ténor - Honoré COPPET à la clarinette et Massal DUVERGER au violoncelle.
Ainsi, toute une élite musicale met en exergue les rythmes de tous les Pays. La Martinique entière apprécie l'événement. Bien entendu, nos casinos et autres font salle pleine. Pendant longtemps encore on parlera de cette manifestation.
Le foyer " Saint Louis " de l'Espérance regorge d'excellents musiciens qui entrent dans la vie active car ils ont aussi un métier, formés qu'ils sont par le père BEAUMANN et ses collaborateurs. Au fur et à mesure, ils se font connaître de leurs aînés. Quelque uns d'entre eux intègrent tel ou tel autre orchestre, d'autres au contraire font partie de nouvelles formations. Il faut signaler qu'à cette époque, les orchestres se font et se défont. Il y a toujours une polémique entre musiciens lecteurs et musiciens jouant d'oreille, néanmoins, il existe toujours un noyau de très bons musiciens. Anderson intègre dans son orchestre le grand François MANCLET. Il jouent ensemble à la Mutualité. Leur collaboration se termine par une mésentente mineure. Deux chansons viennent illustrer cette séparation :
Bagoé compose " Manmaille la Mi Bœuf la " et pour MANCLET ; Césaire PERCIN répond par " Mi Lougarou ".
François MANCLET a une nouvelle formation dans laquelle il tient la clarinette et le saxo. A son tour ; il joue à la Mutualité. Faisant preuve de beaucoup d'humour, il décide de lancer cette chanson qui le qualifie de " bœuf " il l'interprète avec brio et pousse même la plaisanterie à terminer celle-ci par un meuglement.
Après le tricentenaire Anderson néglige un peu la musique et retourne au lycée pour préparer la troisième partie du brevet supérieur qui lui permettra d'être titularisé dans l'enseignement. Le diplôme obtenu, finis les remplacements! il a un poste fixe! La guerre éclate, ce qui n'arrange en rien la situation. Les gens moins enclins à s'amuser, essaient de se battre pour subsister.

Plus personne ne danse.
L'enseignant revient vers la musique. La guerre sévit ; il compose quelques chansons pour la circonstance. L'Allemagne envahit la Pologne l'homme se sent concerné. Il compose une valse " Pauvre Pologne ", puis " En présence ou mussieu Pétain " puis, il relate les difficultés qu'impose cette triste guerre qui oblige à faire " la queue " pour obtenir de quoi survivre : " Vagabons ba moune lè " (succès du carnaval de 1943).
Il lui arrive malgré tout d'animer des mariages ou des baptêmes. Bon nombre de chansons étoffent son répertoire.
La guerre prend fin et les gens veulent s'amuser. Il est sollicité et anime plusieurs dancings. Il a un succès fou! il fait des ravages au concours de la chanson créole. Il remporte souvent tous les premiers prix (Biguine - Mazurka - Valse Créole et Complainte).
En 1949; il part pour la France avec sa famille. Il en profite pour continuer ses études et obtient ses premiers diplômes de professeur. C'est aussi la rencontre avec d'éminents musiciens Français - Guadeloupéens et Martiniquais. Il fait " le bœuf " avec eux ; interprète quelques unes de ses compositions. Il donne ses partitions.
De retour à la Martinique, nanti de ses diplômes, il se fait de plus en plus envier de ses collègues. Ceux-ci se plaignent d'avoir affaire non pas a un enseignant, mais seulement à un vulgaire musicien, la musique n'étant jusque là que l'affaire de cordonniers et de coiffeurs. Ces collègues jaloux signent une pétition envoyée à l'Inspection Académique. Après l'avoir étudiée ces hauts fonctionnaires décident que ce professeur indigne devra faire un choix entre l'enseignement et la musique.
Père de famille conscient de la situation il fait une demande de mutation pour l'Indochine qui est en guerre. Celle-ci obtenue il quitte la Martinique avec sa famille, à la grande joie de ses collègues et des autres musiciens et compositeurs.
A Saigon ; il enseigne le Français et l'anglais au lycée Chasselou Laubat. A radio France-Asie, il anime une émission sur la musique traditionnelle aux Antilles-Guyane. Il forme de nombreux jeunes Français et Vietnamiens, à la musique en général, puis ; il part à Dakar comme professeur d'anglais au lycée Maurice de la Fosse après avoir enseigné à ZIGIUNCHOR (Casamance) en compagnie de Joseph ZOBEL. Il fait un melting-pot entre la musique des Antilles et le folklore africain. Par ailleurs il anime le club des antillais avec son orchestre formé de ses enfants. Là nostalgique il compose " Tambou loin ni an son ". L'heure du retour au pays natal se fait sentir. Après avoir obtenu un certificat de philologie Anglaise et de littérature Américaine.
Il rentre à la Martinique où il exerce au Morne Rouge puis à Coridon ; il prend sa retraite (il a 61 ans) et ouvre la première Ecole de musique à la Martinique et une Ecole de rattrapage pour la jeunesse renvoyée des collèges et lycées. Ces deux écoles sont sa fierté. En fin d'année scolaire les bons résultats sont très au dessus de la moyenne. Sa retraite est meublé de nombreuses activités. Il crée le premier syndicat de musiciens Martiniquais. Cette structure met en place des statuts et prend un certain nombre de décisions.
Lors d'une réunion Anderson est pris à partie par un jeune gratteur de guitare; analphabète, délinquant de surcroît vivant dans un de ces bas quartiers de Fort de France. Devant une telle méprise, l'homme décide de se retirer laissant la place à ce soit disant joueur de guitare qui se contente des deux tristes accords qu'il a comme toute culture musicale.

QUELQUES TEMPS FORTS D'ANDERSON BAGOE.

Au mois de juillet 1960, alors qu'il est en vacances à Paris, il est désigné par le gouvernement Français pour conduire la délégation d'Outremer au festival mondial du folklore à Desenzano en Italie. Avec lui, il y a Darling LEGITIMUS et l'Orchestre de son fils Gustave avec quelques danseurs et danseuses de talent dont Nelly LUNGLA. A. BAGOE explique en détail ce qu'est la musique traditionnelle aux Antilles Guyane.

Il en fait une démonstration très appréciée. Il joue de plusieurs instruments et pour conclure il compose l'hymne du festival mondial du folklore.
Poly-instrumentiste - chef d'orchestre de danse et d'orchestre philharmonique - professeur de musique - compositeur de talent : tango, fox-trot, boléro, mérengué, one-step, guaracha, valse créole, mazurka, biguine, conga, rumba, slow, hymnes de société sportives, chants scolaires, chants religieux, chants de noël, complaintes, pièces de théâtre etc.… Il meurt le 21 Octobre 1993, laissant à sa famille un important patrimoine musical.

Nombreuses distinctions et récompenses

En voilà les principales :
• Palme d'officier de l'ordre de l'encouragement public
• Diplôme de la Fédération des Oeuvres Laïques
• Chevalier de l'ordre du dévouement Français
• Palmes Académiques
• Chevalier de l'Ordre National du Mérite

SES DIPLOMES
• Brevet supérieur de l'enseignement primaire
• Diplôme d'étude de langues vivantes (1er et 2e degré d'Espagnol)
• • Diplômes d'études de langues vivantes (1er et 2e degré d'Anglais)
• Certificat d'études pratiques d'Espagnol
• Certificat d'études pratiques d'Anglais
• Certificat d'études littéraires générales modernes
• Certificat d'études supérieures de littérature Française
• Certificat d'études supérieures de littérature Anglaise
• Certificat d'études supérieures de philologie Anglaise
• Certificat d'études supérieures de littérature Américaine
• Licence de lettres
• Licence d'Anglais

Fait partie du trio A.B.C.
APANON - BAGOE - CORIDUN
(Meilleurs instrumentistes, meilleur compositeur du 20e Siècle)
(Aude BAGOE)
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Encyclopédie de la musique traditionnelle aux Antilles-Guyane

Auteur : Bagoé, Aude-Anderson

Éditeur : Éditions Lafontaine

Date d'édition : 2005
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ANDERSON BAGOE
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Hommage à Anderson BAGOE
Né en 1906 à Fort-de-France
Décédé en Octobre 1993
Emission Enregisment
Radio caraïbes-le 19 -07-1985
01-le_bon_exemple-invite_anderson_bagoe--vol.01
 
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