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Edourd Glissant & Joseph Polius au Prix CARBET 2009 |
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Un éclairage tout à fait nouveau sur la grève de février 1974 Février 1974: Deux ou trois choses pour comprendre le mouvement de grève Par Joseph POLIUS L'apres OJ AM s'est, entre autres choses, caractérisé au sein de la jeunesse martiniquaise, par: - Une forte élévation de la conscience politique : les groupes de résistance avaient fleuri un peu partout, de Saint-Joseph à Sainte-Anne, du Gros-Morne au Lamentin, en passant par Fort-de- France; Un besoin, ou plutôt une urgence à accaparer la parole politique (sitot constitue chaque groupe se dotait d'unjournal) ; - Une supreme allergie à la répression coloniale (des ripostes de rue s'organisaient en moins de deux heures) ; - Un indéniable surgissement identitaire ; Et aussi une certitude, que Ie pouvoir colonial français avait peur, très peur de notre marche vers la souveraineté. C'est dans ce contexte de turbulences et d'affrontements bien réels, qu'en 1970, feu Christian Montlouis-Félicite,Maurice Vénite et moi-même avons créé Ie Groupe Septembre 1870 (GS70). En hommage bien sûr, aux héros de la première Révolution Natjonale Martiniquaise. Un positionnement maoïste Nous nous Sentions proches des thèses de Mao Tse Toung : de la théorie des Trois Mondes. de Sa méthode de résolution des contradictions au sein du peuple, de sa tactique d'encerclement des villes par les campagnes. et surtout de sa stratégie de Révolution Nationale Démocratique et Populaire (RNDP). Laquelle, posait !'independance nationale comme une étape vers la Société Communiste. Au moyen d'une alliance de classes autour du prolétariat, dans I'optique de réaliser comme Ie disait Lénine « des tâches democratiques ». Notre journal « Martinique Rouge », des sa couverture (faucilles, marteau, effigies de grands marxistes) proclamait sans fard, la radicalité de nos convictions. Le changement de cap Juillet 1972, nous sortons du soutien àune grève dure et longue, dont les résultats sont médiocres. Cette action achève de nous convaincre des limites de la résistance urbaine qui est notre quotidien depuis deux ans. Tout Ie GS70 en est convaincu : il faut une large autocritique, et ensuite refonder nos pratiques à partir d'une nouvelle analyse de la société martiniquaise. Cette phase se conclut par la production d'un document politique d'une vingtaine de pages intitulé : « Le Mot d'ordre de I'étape actuelle ». Ce document passe en revue les classes sociales dans leur rapport avec Ie pouvoir colonial d'une part, et dans leurs inter-relations d'autre part. Et fin d'analyse, il pose comme une évidence ce qui allait fonder la nouvelle géographie politique et opérationnelle du groupe. Les ouvriers agricoles (singulièrement ceux de la banape) constituent la fraction dirigeante du prolétariat martiniquais. Partieipaient à la réunion de validation de cette option inédite : Maurice et Néphélie Vénite, Alex Ferdinand, Nadiège Noel, Jean-Louis Fonsat, Jean-Pierre Piejos, Mady Leotin, Françoisois Rosaz, Marie Andrée Mencé Raoul Serva, etc ... Une semaine plus tard un autre document territorialisait Ie combat à mener, dans la commune du Lorrain, sur Ie critère qu'a I'époque, ladite commune, comptait Ie plus grand nombre d'habitations bananières en activité. Sans délai, un camarade est détaché en éclaireur sur ce qui va être notre nouveau site d'activité . Début septembre, il tenait une premiere reunion avec six a sept ouvriers à Seguineau. Ce qu'il rapporte est hallucinant : les conditions de travail sont d'un autre âge, feodales assurément. Les durées de travail sont fantaisistes, les femmes s'habillent et se déshabillent SouS un bananier, il n'y a aucune toilette sur la plupart des habitations, des produits hyper toxiques (gramoxone, némacure, etc.) les salaires sont de survie Cest Ie banditisme béké triomphant. Notre presence sur Ie terrain Compte tenu de la soif d'organisation exprimee par nos interlocuteurs, nous dûmes nous déployer sur la totalité des quartiers du Lorrain, au moyen d'équipes de deux à trois militants. Avec pour mission, de tenir la nuit tombée, des réunions d'information-formation de huit à dix personnes, chez I'habitant. Ces reunions au fil des mois, sont progressivement devenues de purs moments de fraternité et d'échanges. Nous apportions aux ouvriers, notre foi en la classe ouvrière, Ie savoir des livres, la fougue et les belles utopies de nos jeunes années ; eux, nous livraient la densité des mots pesés au milligramme, I'hésitante clarté des differents silences qui peuvent habiter un homme, I'émoi des saisons quand les lunes s'exaspèrent, I'évidence des proverbes que les mémoires protègent, bref sans Ie dire, ils nous ouvraient à la silencieuse puissance du pays. Chacune de ces réunions comportait deux grands volets : 1) La vie sur I'habitation : conditions de travail, I'hygiene, les taches, les salaires, etc. 2) L'organisation des travailleurs : Ie marxisme-Iéninisme, la syndicalisation, Ie combat des peuples, etc. Une erreur politique de taille Novembre 1972, happée par la suractivité de terrain, bousculée par des problèmes de communication mal naîtrisée, la Direction de l'Organisation, crut devoir sortir de la cladestinité. Cette malencontreuse décision fit souffler une tempête sur nos structures. De profonds soubresauts centrifuges secouèrent I'Organisation. On frôla I'explosion. En effet, nous nous étions vulnérabilisés, et nous trouvions à découvert, à la merci du moindre coup de filet (organigramme, finances, archives). Les dégâts ne furent réparés que par la requisition en catastrophe, d'un camarade, agent de la RATP, qui au moyen de deux mois de congés sans solde vint en Martinique, procéder aux recrutements de resécurisation. A ce propos, tout militant moyennement formé sait que la première ligne de cloisonnement, commence avec Ie troisieme recrutement horizontal' effectue a partir de la structure publique. Puis Ie cinquième, etc... Une force de frappe majeure Dès les premières reunions, nous nous sommes trouvés au contact d'hommes et de femmes remarquables, tels les Périe, Cabrimol, Rastocle, Chelim, etc. Cependant, la lutte prit une densité inedite avec la rencontre de Sylvanise. Albert Sylvanise, résidant à Vallon, salarié de I'habitation Séguineau : une intelligence tellurique, eruptive, intuitivement accordé à son sujet, avec cette capacite rare de comprendre en un rien de temps, la complexité des choses. Forte, sa parole disait la réalité de I'habitation, sa fougue, elle, interpellait les consciences. Bref, Sylvanise c'était I'homme dans ce qu'il peut avoir de plus authentique, et de plus fécond. Avec en plus, ce sens de la répartie assassine dont plusieurs békés, tels Demeillac, firent I'amère expérience. Sylvanise s'imposa très vite comme Ie leader naturel du mouvement en cours. Dès lors, il nous fut donné de vivre de prodigieux moments. II faut imaginer des reunions, avec d'un côté Raoul Serva, intellectuel guadeloupéen, professeur de philosophie, une pensée toute en nuance, obstiné à rendre Ie marxisme évident et de I'autre, Albert Sylvanise, tout en pulsations, un don inné de I'image qui fait mouche et dégrafe I'intelligence. Peu de gens sortaient indemnes de ces rencontres. La pensée de combat devenait, un peu plus chaque jour irrésistible Le rendez-vous manque avec Alfred Marie-Jeanne Très tôt au sein de notre Organisation, Alex Ferdinand a milité pour une rencontre avec Alfred Marie-Jeanne afin disait-il de, « chercher la convergence de nos objectifs », et si possible, acter avec lui, un accord programmatique incluait des actions communes. Nous étions tous d'avis que I'irruption de Chaben, dans Ie champ politique martinique , avait changé qualitativement la donne. II ouvrait sans conteste, de nouveaux possibles pour les indépendan- tistes. De plus, un accord avec lui cadrait complètement avec notre stratégie de RNDP. Toutefois, I'emballement de la milltance de terrain, I'existence oe priorités asymétriques, n'ont jamais permis à nos deux Mouvements de se mettre en dialogue. Je crois que pendant un temps, Ferdinand en a gardé quelque déception. Un beke prolétaire Un soir à Fond Gens Libres, au beau mitan d'une réunion, nous voyons arriver un homme de haute stature, un béké. Notre sang à nous militants ne fit qu'un tour, à I'évidence nous sommes face à une provocation. Du coup, nous nous mettons en posture de répondre verbale- ment à I'agresseur. Ce que voyant, Ie maître de maison nous dit : « Sé an kanmae rad ! I épi nou ». Devant notre visible incompréhension, il se décide à nous raconter I'histoire de cet homme peu ordinaire. Christian de Pompignan, béké de son état, est un homme ayant une conception simple et pragmatique de la vie. II pense que la rvlartinique de 1973 a acquis Ie droit de transcender les crimes, les humiliastions, les culpabilites, il croit a « I'egalite de n'importe qui avec n'importe qui ». Plus important encore, il pense très naïvement qu'un homme comme lui, béké, peut très naturellement, au su et au vu de tout Ie monde, tomber amoureux d'une martiniquaise de la plus pure ébène, et que toujours au su et au vu de tous, se mettre en ménage avec elle, a Maxime, au milieu de personnes de toutes conditions. Enorme erreur ! Le Clan aussitôt, Ie somme « d'arrêter cette couilionnade ». II refuse. II est immédiatement mis au ban de sa communauté. Alors, il décide comme tous ceux du quartier, comme sa compagne, d'être ouvrier agricole. « Depuis longtemps, nous avons cessé de Ie voir comme un béké », nous dit un camarade. Dans les temps qui ont suivi, Christian de Pompignan a gravi tant de momes avec nous, enjambé tant de ravines à nos côtés que, insensiblement, nous avons, nous aussi, cesse de Ie voir comme un béké. Nous lui avions simplement fait légitime place « dans cette foule immense où I'homme est un ami ». L'Assemblée Générale du 25 mars 1973 Début 1973, Ie travail de terrain et la dynamisation en cours, nous amenérent à prévoir une Assemblée Générale à MAXIME pour finaliser les revendications. Nous attendions pour I'occasion environ 150 participants. La realite contredit totalement ces prévisions. A 8h30, ce dimanche-Ià, ils etaient 200, puis 300. A 10h pour Ie début des prises de paroles, on comptait à peu près 400 personnes presentes. La réunion se déroula dans une complète euphorie. Nombre d'ouvriers avaient les larmes aux yeux, étonnés de se découvrir si nombreux et aussi déterminés. Avec la mise en forme de la Plateforme de revendicaltion. tions, I'énumération des conditions du succès (unité, cohésion, présence aux reunions, etc.) chacun des présents se savait vivre un moment plus grand que sa per sonne, en tout cas unique et potentiellement fabuleux. Le 1er Mai 1973 Après la magnifique AG du quartier Maxime, la décision fut prise de conférer une signification politique à la fronde en cours, en ce qu'elle prétigurait une trans formation des rapports de forces dans la société martiniquaise. Le 1er Mai proche, allait nous fournir I'opportunité. Ce sont des cars bondés, en provenance du Lorrain, qui déversèrent à la Maison des Syndicats leurs cargaisons d'ouvriers de la banane, impatients de marteler leurs revendications. Et c'est tout naturellement en tête de cortège, qu'ils défilèrent ce jour-là, proclamant ainsi, et magistralement, que Ie prolétariat agricole était de retour, et retrouvait là, Ie leadertres ship perdu en mars 1961. Colossale mutation sociopolitique ! Le temps nous paraissait venu de tenter Ie chaînage des différentes zones agricoles coles en ébullition. Fin 1973, les choses se présentent, lumineuses, simples : une force s'est levée, une plateforme revendicative massivement approuvée, des centaines d'ou vriers sont en mouvement ; des dizaines d'autres ont reçu une formation; nos mili- tants assurent un armement idéologique permanent; des militants autres que nous des frères de combat assurément - sont à la manoeuvre au Robert et au Marigot ; un peu partout des salaires décents sont eXigés, en même temps que se multiplient les refus d'épandage des produits toxiques. En face, aveugle et arrogante, la sauvagerie béké fait pleuvoir les mises à pied. Partout les ouvriers ont appris à dire " Non" à I'inacceptable. Les conditions sont donc réunies pour une confrontation de classes, majeure, historique, sans concession. Joseph POLIUS ----------- Février 1974 Lire la Suite Veuillez cliqué ici http://www.manomerci.com/chalvet___14_fevrier_1974_-_nou_ka_sonje.ws
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La parole ressuscitée de Février 74 25 mars 1973, un militant du Groupe ; Septembre 1870, en partance pour Maxime, un quartier sur les hauteurs du Lorrain, a Ie réflexe de meltre dans une sacoche un vieux magnétophone et deux cassettes hémiplégiques. Puis, avec application, il enregistre plus de trois heures d'Assemblée Générale d'ouvriers agricoles en colère. S'impriment alors sur les cassettes, des paroles de feu et de sang, tout droit sorties du ventre du Lorrain profond, là où, de tous temps les hommes ont revendiqué de vivre debout. Ces cassettes, après 1974, ont très peu été utilisées, et ont surtout dormi trente-quatre ans dans des archives peu consultées. A leur exhumation en 2007 les cassettes s'étaient abandonnées au silence ; définilivement a-t-on craint un moment. D'autant que les soins éclairés et successifs de pas moins de quatre ingénieurs du son ne leur rendaient pas la voix.Jusqu'au jour où Mano deRadio Caraïbes Martinique, au moyen d'inénarrables matos, arracha du néant une heure et demi de paroles rebelles. Grand merci à Mano ! Au total, une bande audio miraculée, historique et sans équivalent . C'est à notre connaissance, Ie seul document sonore d'avant Ie 14 février 1974 qui existe .•
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Edourd Glissant & Joseph Polius au Prix CARBET 2009 |
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14 février 1974-Nou Ka Sonjé Yo |
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