Jean BALUSTRE Au début des années trente, à Fort-de-France, de jeunes écoliers s'évertuent à confectionner des instruments de musique à partir du tube végétal de la papaye, dans l'espoir d'imiter les musiciens qui disposent de véritables clarinettes. Parmi ces enfants l'un n'est pas le moins actif : Jean Balustre, passionné par la musique. Son frère aîné, Georges Balustre l'influence largement. Joueur remarquable de batterie, qui s'initiera ensuite à la clarinette et à la trompette, Georges Balustre sera pendant de longues années le trompettiste en titre d'Harmony King, l'un des orchestres phares de la Martinique. Il officiera également au sein de New jazz. Pour Jean
Balustre, les répétitions de l'orchestre de son frère sont une source permanente d'émerveille¬ment et d'enrichissement. Il étudie attentivement les évolutions des musiciens et surtout celles de son batteur de frère. En attendant qu'il puisse à son tour jouer de la batterie ses parents lui offrent un harmonica. Un heureux événement familial va bientôt renforcer la passion de Jean Balustre. Anderson Bagoé, le célèbre saxophoniste et auteur-compositeur devient son beau-frère. Jean Balustre, dès lors, va le suivre dans chacune de ses représentations, et notamment lors des mani-festations du tricentenaire. Anderson Bagoé dirige son propre dancing au parc Galliéni et son
jeune beau-frère est évidemment l'un de ses spectateurs les plus assidus. A seize ans Jean Balustre décide de se rapprocher du Groupe folk-lorique martiniquais, dont l'ambiance et la bonne humeur l'ont attiré. Sa détermination et sa hardiesse surprendront les responsables du groupe qui accepteront sa candidature. Pourtant, la place de batteur étant déjà occupée, on lui propose seulement de jouer du cha-cha. Mais la chance veille sur Jean Balustre. Le saxophoniste du Groupe, Jojo Benjamin qui est à la tête d'une petite formation, lui demande de tenir la batterie lors de l'animation d'un mariage. Conquis par le talent et surtout la maîtrise instrumentale de Jean Balustre, il décide de l'engager. Le service militaire pourrait forcer Jean Balustre à une semi-retraite. Mais une fois de plus les dieux de la musique l'accompagnent. Il devient rapidement le batteur de l'orchestre de la caserne qui, le premier samedi de chaque mois, anime le bal des officiers qui se donne au fort Saint-Louis. 1941 sera l'année de son premier emploi au service technique de la Compagnie Transatlantique. La guerre fait rage depuis longtemps dans le monde lorsqu'il est mobilisé en 1944. L'armistice lui vaudra de ne pas grossir le flot des soldats qui partent à desti¬nation de la France et de l'Europe. Il reprend son poste et demeurera dans la Compagnie jusqu'à sa retraite en 1981. S'il n'est jamais devenu profes-sionnel, Jean Balustre n'en a pas moins mené une carrière musicale bien remplie. Pendant plusieurs années il va accompagner différentes formations, dont Harmony King, dans sa seconde configura-tion, que dirige Henry Sommier dit Rio. En 1956 Jean Balustre fonde son propre orchestre, Caraïbana, avec pour musiciens Victor Thermé et Michel Pierre Léandre au saxophone, Turenne Roussi à la clarinette soprano, Necker à la contre-basse, Jo Amable aux tumbas, aux maracas et à l'harmonica. Le succès est immédiat pour la jeune formation, à tel point que de nouveaux musiciens sont intégrés : Maurice Monrose à la guitare, Joël Dagobert à la timbale, Léon Lupon, René Thimon, Eloi Paulman à la trompette, Nel Lancry au piano, Jojo Grocravla à la tumba, Sully Londas à la contrebasse, René Carel au saxophone ténor, Emile Volel assurant le chant. Pendant dix-huit ans l'orchestre Caraïbana va animer avec chaleur et talent les soirées populaires martini¬quaises, mais aussi celles de la haute société locale. Mais comme d'autres, cette formation va subir la rude et implacable concurrence des orchestres étrangers venus déferler sur la Martinique. La chute sera brutale et l'on verra Caraïbana réduit à jouer en première partie des formations haï¬tiennes, dont le fameux orchestre Tropicana. Pour
la musique martlmquaise c'est le temps des grandes mutations. Les orchestres à base de guitare font leur apparition et le nombre des musi-ciens se réduit considérablement, alors que les formations traditionnelles comme Caraïbana en comptent jusqu'à une quinzaine. Petit à petit l'or-chestre s'effrite et finit par disparaître en 1968. Jean Balustre ne reste pas pour autant inactif. Il remonte aussitôt une nouvelle formation, l'orchestre Martinique, avec ses amis de toujours qui formaient alors le Caraïbana. L'orchestre Martinique dont le répertoire se compose essen-tiellement de morceaux de musique traditionnelle, va animer jusqu'en 1990 quantité de manifes-tations et de bals d'associations. Depuis 1990, Jean Balustre conduit une nouvelle formation, les Compagnons de la Musique avec Barel Coppet à la clarinette, Daniel Ravaud au trombone, Jean Nestoret au violon, Marcel Misaine à la guitare, Baby Bagoé au piano, Sully Londas à la contre-basse et Laurent Larode au chant.
Batteur de grand talent, il a enregistré avec diffé-rents musiciens comme le tromboniste Pierre Rassin, les frères Trébeau, Claude Confiant et Eugène Mona. Jean Balustre a également accom-pagné l'accordéoniste Emile Trébeau, lors du fes-tival d'accordéon de La Courneuve, en 1984.
En 1992, Jean Balustre a participé au festival de la clarinette d'Angoulême puis à celui de Gloëmel, en compagnie du clarinettiste Serge Versol, du pianiste Baby Bagoé et de la clarinettiste Célia Raquil.
PS:
GRAND LIVRE DES MUSICIENS CREOLES TOME 1 de SULLY CALLY
Cet ouvrage retrace en 288 pages et 200 photos la carrière de ces hommes et femmes qui à travers l'art musical, ont contribué à l'évolution culturelle de cette société. 119 musiciens répertoriés dans ce premier volume qui va du bèlè au jazz, du typique à l'opéra.
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