NOU KA SONJÉ
THE MIGHTY SPARROW
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Mighty Sparrow

Mighty  Sparrow (Slinger Francisco, 9 juillet 1935)
est né à Grand Roy,un village de pêcheurs sur l’île de la Grenade, d’une famille pauvre. « The Calypso
Kingof theWorld » est, avec Lord Kitchener,l’artiste qui a dominé Ie calypso après la Deuxieme Guerre
mondiale. Utilisant largement la formule musicale qui a fait Ie succès de son grand rival, iI reste vivre
principalement à la Trinité (Kitch était exilé en Angleterre). II est réputé pour ses paroles drôles,
à I’occasion très crues, qui confinent parfois à la vulgarité, comme par exemple ici dans Reply to
Melody. Sparrow a gagné Ie concours du Carnaval Road March huit fois, soit deux de moins que Kitch.
Mais comme lui, iI n’est jamais parvenu à atteindre Ie grand public comme Harry Belafonte a pu
l’accomplir (notamment en choisissant un répertoire aux paroles moins explicites). II a apporté
une nouvelle sensibilité au calypso.

Sparrow a débarqué à la Trinité à l’âge d’un an. II est choisi pour chanter baryton et ténor, en latin,
dans Ie choeur de garçons (chants grégoriens, cantiques) de l’école oatholique de St-Patrick. II écoute
aussi du calypso, des groupes vocaux américains, et les vedettes de son temps: Nat « King » Cole, Frankie
Laine, Sarah Vaughan, Ella Fitzgerald, Frank Sinatra, etc. à 14 ans, il rejoint un steel band du
quartier. II a pour habitude de gesticuler sur scène, contrairement à ses concurrents, plus statiques.
Plus âgé s que Iui,les musiciens disent qu’il devrait se concentrer sur Ie chant plutôt que de se mouvoir
comme un moineau. Le surnom Mighty Sparrow (Ie moineau puissant), dit The Birdie, est resté. II
rejoint en 1955 Ie groupe Gayap, qui soutient la candidature du futur Premier Ministre, Eric
Williams. Son succès coïncide avec l’élection de Williams quand, a dix-neuf ans, il remporte son
premier concours de la Carnaval Road March en 1956 avec]ean and Dinah (qui sera repris avec
succès aux Etats-Unis par Robert Mitchum en 1957), I’année du succes mondial de Belafonte,
qui I’enregistrera a son tour en 1972. La chanson met en scène des prostituées qui vendent leurs
services aux soldats américains : la guerre est finie, iI n’y a presque plus de soldats et Sparrow peut
« toutes les avoir gratuitement ». II ne reçoit que quarante dollars pour tout prix, et organise l’année
suivante une grève suivie par la moitié des palticipants, qui boycottent Ie concours. II enregistre la
chanson Camaval Boycott et monte un syndicat de musiciens. II refuse la compétition pendant trois
ans tout en se produisant en parallèle du carnaval officiel. II remporte malgré tout Ie concours en
1958 avec P.A. Y.E. (pay as you earn), qui explique au peuple Ie fonctionnement des impôts et fait écho
à une campagne du parti de droite élu, Ie PNM. Deux autres chansons ont autant de succès à ce
même carnaval :Teresa et Russian Satellite, où iI proteste contre Ie sort reserve à la chienne Laïka,
cruellement morte de chaleur (la propagande disait a l’époque qu’elle avait été empoisonnée) dans
Ie premier satellite de I’histoire à contenir un animal.

Murder murder everywhere
Thesepeople must ever care
Murder murder everywhere
I wish these people would ever care
This time it’s realTyout of place
Over a thousand mile in space
Theypoisoned the food for the puppy
OhLord this is more than cruelty
Although they’re trying their best
They’re all making a mess with the Russian
satellite
They should be all sent to prison for the dog
that they poisoned in the Russian satellite
Two spotnicks in the sky had everybody
hypnotized
Now I am very sorryfor the poor little puppy in
the Russian satellite
Sparrow ecrira aussi des chansons d’amour pour
des fenunes de differentes origines: Espagne (Margarita),
Inde (Marajhin), Suriname (Paramaribo
en 1998), etc. Teresa est une serenade adressee
a une fenune latine -- et interessee, comme tant de
ses personnages feminins.
You’re worse than a dog Teresa
Yeahyou bmak me heart
This morning you take me dollar
And now you’re playing smart
This morning you come we talk we business
quiet and soft
Every time I come you’re making excuses and

trying to put it off
You’re bawlin’ now ‘Sparrow let me go
Boy don’t hold me so
Me mother will know
Sparrow darling wait ’til tomorrow’
Teresa I love you
And I always thinking ofyou
Yo te quiero mucho
I realTycan’t wait for tomorrow

L’album « King Sparrow’s Calypso Carnival », dont plusieurs titres de cette anthologie sont extraits, est
publié en 1958. ilcontient Ie délicieux Short Little Shorts, qui relate qU’un policier arrête une jeune
femme portant des bermudas trop courts, et que Ie gouverneur, amoureux d’elle, fait changer la loi
pour autoriser Ie port des shorts courts. Dans No More Rocking and Rolling, Sparrow raconte que Ie rock ‘n’ roll souffre de la popularité du
calypso.

I said caTypsosweeping the place like if she
come out of space
Mama caTypsosweeping the place like if she
come out of space
I can remember rock and roll
Had the whole place under control
Since caTypsoleave Trinidad
Rock and roll realTysuffering bad
No more rocking no more rolling
No more jumping up like afool
Whether you’re crazy or lazy
Man you just got to take it cool
This is caTypso
And everyone know
It is strictTy rhythm and rhyme
Whether young or old
Jump in the line
And shake your body in time!

Sparrow cherche a toucher Ie public americain et part pour NewYork en 1958.il avait déjà enregistré
pour la marque americaine Cook, mais avec l’aide de Belafonte, il est engagé par RCA Victor, une
marque américaine qui ne saura pas bien exploiter son calypso populaire, cru et proche de la rue. En
revanche à la Trinité, son succes est considérable. II lance alors sa propre marque de disques, National
Records (album « The Slave »), distribués en Angleterre par les disques Island. Dans au moins
deux chansons (William The Conqueror et dans Leave the Damn Doctor en reponse a une critique
chantée par GrowlingTiger) il soutiendra ouvertement
Eric Williams et Ie PNM (People’s National Movement), Ie parti conservateur de droite élu en
1956 (Ie PNM restera aux affaires jusqu’en 1986)
qui obtiendra I’indépendance du pays en 1962. Avec ses paroles soignées et ses interprétations
splendides, Sparrow trouve un public en Grande- Bretagne, et remporte la Road March de 1960 avec
Ten to One Is Murder (qui relate un incident où Sparrow a été accuse d’avoir tire sur un homme).
Son morceau CongoMan (1965), Où il se moque des Africains, qu’il associe au cannibalisme, et des
femmes, créera une polémique de plus. Chaque année, MightySparrow produira un album ou une
série de chansons retentissante, remportant les championnats en alternance avec Lord Kitchener
jusqu’au retour de celui-ei ala Trinité en 1962. à la fin des annees 1970, il passera lui aussi au style
soca, et continuera a dominer la musique populaire trinidadienne jusqu’aux annees 2000. Mighty
Sparrow a fait de nombreux émules, comme The Sparrow, dont Ie nom prête à confusion. On
I’entend ici interpréter Ie classique Brown Skin Girl, que Harry Belafonte reprit sur son célèbre
album « Calypso », et un standard populaire dans Ie répertoire mento jamaïcain, Hal ‘Em joe. Comme
d’autres chansons de cette anthologie, Brown Skin Girl se refère au comportement des soldats américains,
qui en garnison à la Trinité ne reconnaissaient pas toujours leurs enfants nés de rencontres éphémères.
.SOURCE : Article de Bruno BLUM

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TRINIDAD - CALYPSO
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Il est intéressant de comprendre que pour beaucoup, les éléments musicaux afro-américains ne sont arrivés aux États-Unis qu’après un long épisode aux Caraïbes. Pour schématiser, toute culture africaine étant strictement interdite sur le continent nord-américain jusqu’à l’abolition de l’esclavage, les apports musicaux africains ont essentiellement fait surface par le biais de Caribéens : dans les centaines d’îles des Antilles, les cultures africaines, mélangées, réinventées, créolisées, avaient bien mieux perduré que dans les immenses plantations et ghettos du continent. Des grandes réunions autorisées de percussionnistes à Congo Square, les fameuses bamboulas du dimanche à la Nouvelle-Orléans (auxquelles participaient des Caribéens) dès le XVIIIe siècle, jusqu’aux éléments qui ont constitué le jazz ou le rock and roll, la nouvelle substance musicale américaine s’est souvent concré­tisée et déployée aux Caraïbes d’abord. Les cultures africaines (notamment yoruba et ashanti) y étaient tout autant interdites, mais des évasions, émigrations, mouvements de résis­tance, de marronnage, des pratiques secrètes, des histoires très diffé­rentes dans ces myriades d’îles ont permis plus de mélanges et de créations nouvelles, bien distinctes de celles arrivées de l’Afrique originelle. Les apports européen, asiatique, sans oublier les indiens indigènes, ont contribué à engendrer les futures musiques afro-américaines, comme bientôt le calypso.

En même temps, leur dissémination dans les Caraïbes et le long du Mississippi s’intensifia au XIXe siècle : l’indépendance américaine en 1776 (départ de loyalistes et de leurs esclaves vers les Caraïbes), la révolution française de 1789 (départ de planteurs français et de leurs esclaves vers des îles où l’esclavage n’était pas aboli - comme la Trinité), la révolution haïtienne de 1802 (départ de nombreux planteurs haïtiens et de leurs esclaves vers la Louisiane), sans oublier la circulation des marins, qui diffusaient des chansons, tout cela a permis un afflux de ces cultures créoles sur le continent et une propagation de styles différents, jusqu’en Europe et même en Afrique. De la Guyane au Mississippi, la région des Caraïbes a exercé une influence extraordinaire et omniprésente sur la musique populaire du XXe siècle. Après de conséquentes métamorphoses à Cuba, la rumba cubaine, dont les racines sont angolaises et congolaises, a par exemple bouleversé la musique sub-saharienne ; le jazz, une culture des Caraïbes cristallisée à la Nouvelle-Orléans (qui peut être considérée comme une ville faisant culturellement partie des Caraïbes), a profondément marqué la planète entière. C’est le message que Sonny Rollins, le saxophoniste américain de jazz moderne (dont les parents étaient antillais, originaires des Îles Vierges) a voulu faire passer en 1956 avec sa composition calypso St-Thomas - un de ses plus grands succès. Avec le rap qu’il avait lui-même engendré, le reggae jamaïcain est devenu à la fin du XXe siècle la principale influence musicale en Afrique. Et que dire du blues, aux racines ouest africaines transfigurées au Texas et dans le delta du Mississippi, ou encore de la salsa cubaine/portoricaine qui a conquis New York et l’Amérique du Sud ?

Du junkanoo au rock, du reggae au rap, du bel air au calypso, ces musiques aux racines caribéennes présentent nombre d’analogies, mais elles sont distinctes et aussi variées que les pays qui les ont mises au monde. Alliant la stimulation du corps et la danse libre à des paroles souvent codées, à double sens, un mode d’expression hérité de l’esclavage, les musiques des Caraïbes sont toutes le fruit d’un processus de créolisation (c’est à dire une culture nouvelle, différente de celles d’Europe ou d’Afrique) : ne pouvant vivre libres, les créoles de diverses origines africaines ont longtemps cherché à libérer leur corps et leur âme par la musique. Ils ont ainsi créé des formes d’expression nouvelles, les reliant à la fois aux esprits présents dans leurs traditions africaines secrètes (d’origine principalement yoruba à la Trinité), avec lesquels ils communiquaient par des danses, et à un espace de délivrance situé dans l’instant présent, le temps d’une musique. Une puissante spiritualité tournée vers le lien, l’unité, la résistance et l’espoir, qui a engendré différentes formes de musique populaire.

Brassé dans le contexte de la colonisation, de l’esclavage et de la créolité, le mélange de différentes cultures africaines, amérindiennes et européennes a ainsi donné naissance aux negro spirituals et aux bamboulas, kumina, junkanoo, goombay, gwoka, ragtime, blues, mento, jazz, rumba, son, danzon, boléro, merengue, compas, biguine, gospel, rhythm and blues, soul, nyahbinghi, ska, rocksteady, reggae, rap, dub, salsa, rock and roll… et d’autres formes encore de musiques afro-caribéennes/afro-américaines. Il faudrait y ajouter la longue liste des musiques populaires d’Amérique du Sud ; La Louisiane, le Texas, la Jamaïque et Cuba restent sans doute les principaux relais de l’influence des musiques des Caraïbes sur le monde. Mais en termes d’influence, les îles de Trinité-et-Tobago se placent immédiatement après. En effet à cette liste de genres déjà impressionnante, il faut ajouter le calypso, un terme apparu vers 1900 à la Trinité (les premières traces fiables de l’existence de ce genre remontent à 1884). Notamment en raison de l’attrait exercé par le Trinidadien Lord Kitchener dans les années 1940-1960, et de son rival Mighty Sparrow à partir de 1956, cette musique va considérablement marquer les Caraïbes elles-mêmes, l’Amérique du Nord (via Harry Belafonte), l’Europe et l’Afrique. Le calypso contribuera au développement de diverses musiques africaines modernes comme le highlife du Ghana, et jusqu’en Ouganda. En Sierra Leone, l’influence des Krios, une communauté afro-caribéenne ayant obtenu son “retour” en Afrique (ils sont les descendants de loyalistes qui luttèrent aux côtés des Anglais contre l’indépendance des États-Unis au XVIIIe siècle) a considérablement influencé les musiques de la région. Un parcours des Caraïbes vers l’Afrique qui ressemble à celui effectué par la rumba au début du XXe siècle, et du reggae à partir des années 1970. En fait à bien des égards l’industrie du disque trinidadienne préfigurait celle de sa cousine, la Jamaïque, qui l’éclipsera progressivement dans les années 1960.

Kaléïdoscope multi-culturel
“Je préfère la Trinité pour certaines raisons et la Jamaïque pour d’autres, c’est très différent. La société est différente. La Trinité est très riche et la Jamaïque excessivement pauvre. Ça montre qu’on peut devenir très tolérant dans une société riche, alors que chez les pauvres, on l’est beaucoup moins. Dans les sociétés riches, il y a une harmonie raciale totale dans un mélange de gens très difficile, comme les Indiens et les Noirs, qui s’entendent rarement. Mais ça va là-bas, parce qu’ils ont tellement d’argent que c’est dans leur intérêt de garder la société stable. Ils ont quelque chose à perdre. En Jamaïque, ils n’ont rien à perdre.” Mick Jagger à l’auteur, 1980.Dans les années 1950 à Trinité-et-Tobago, environ 40 % de la population avait des ancêtres venus d‘Inde, et 40 % d’Afrique. Elle comptait 19 % de métis et 1 % de descendants d’Européens. On y trouvait les religions catholique, hindoue, divers temples protestants, Spiritual Baptist, Orisa (Shan­go), anglicane et musulmane. Important exportateur de gaz naturel et de pétrole, la Trinité est située à l’extrême sud de l’arc des Antilles, dans les Îles Sous-le-Vent à moins de dix kilomètres des côtes du Venezuela (à 300 km au sud de la Martinique). Elle forme avec Tobago un état indépendant, voisin des îles de Saint-Vincent-et-les-Grenadines, et anglophone comme nombre de petits pays de la région. Plus encore que ses voisins, cette nation a un patrimoine particulièrement cosmopolite. À une époque où l’on se mélangeait peu, elle abrita très tôt un véritable concentré des peuples du monde. Située à 32 km de la Trinité, l’île de Tobago fut d’abord colonisée par le Duché de Courlande (actuelle Lettonie) qui la peupla à partir de 1638, et fut cédée aux Britanniques en 1689.

L’île de la Trinité, plus vaste, est une véritable cocotte-minute culturelle, un assemblage de plusieurs peuples. Les indiens Caraïbes et Taïnos de langue arawak y vivaient quand elle fut découverte par Christophe Colomb en 1498. Colonisée par l’Espagne trente-quatre ans plus tard, cette terre de 150 km de long est restée peu peuplée jusqu’à ce que la couronne espagnole y attire des milliers d’immigrants créoles français (surtout martiniquais, mais venus aussi de Sainte-Lucie et de la Guadeloupe) et dominicains au cours du XVIIIe siècle en leur offrant des terres pour leurs plantations. Les nouveaux venus amenèrent avec eux des Africains et Afro-caribéens de diverses origines. Ces esclaves, puis les employés afro-créoles des Français, ont construit les infrastructures et organisé les plantations d’un cacao local très résistant, le Trinitario (qui sera implanté dans le monde entier et fera la fortune de l’île entre 1870 et 1930). Peuplée d’Amérindiens, d’Espagnols, et de Caribéens très majoritairement francophones, en 1797 l’île fut ensuite conquise par les Anglais, qui y ajoutèrent une immigration venue d’Inde, de Chine, du Portugal et de Syrie - sans oublier des Britanniques qui s’y ajoutèrent à leur tour. En conséquence, les musiques populaires trinidadiennes sont très variées. Bien que les indigènes aient été décimés par les Espagnols, il ne faudrait pas pour autant ignorer l’apport des indiens Caraïbes et des Taïnos qui ont survécu à l’esclavage, aux massacres et aux épidémies ; des styles d’origine espagnole (aguilnados, parang, veiquoix, fandang et ses sous-genres mazanare, joropo, gallerón) subsistent aussi, souvent confondus avec ceux du proche Venezuela ; des pas de danse écossais (reel) ont imprégné la culture de Tobago ; l’influence des cantiques Sankey (baptistes, etc.) est très répandue, confortée par l’essor du gospel à partir des années 1930 ; différentes formes de musiques caribéennes venues de Guadeloupe, Martinique et Carriacou perdurent (bélè, ou bel air martiniquais) ; À cela s’ajoutent les principales formes musicales de Trinité-et-Tobago : les mu­siques indiennes traditionnelles, notamment bhojpuri (nord de l’Inde), sont toujours présentes.

D’autres ont disparu, mais les cantiques chantés en hindi et en sanskrit (védiques) étaient encore enseignés au XXe siècle. Une culture musicale indienne s’est développée distinctement de celle de la population afro-américaine, et s’y est mélangée parfois. Différentes musiques indiennes musulmanes sont notamment préservées, et leurs accompagnements (tambours tassa) pour combats au bâton rituels de la guerre sainte (jihad) se sont historiquement mélangés à ceux des joutes kalenda afro-trinidadiennes ; depuis, les populations d’origine indienne ont progressivement adapté leurs musiques à des instrumentations électriques (guitares, claviers, batterie, etc.). Naturellement, il faut souligner l’omniprésence historique du jazz dans la musique trinidadienne enregistrée au XXe siècle. Un style proche du jazz états-unien de l’époque était déjà présent sur les disques gravés à la Trinité par la marque Victor dans les années 1910, ce qui tend à conforter la thèse de l’origine caribéenne du genre. L’influence du jazz imprègne aussi les chansons de Lord Kitchener entendues sur cet album, qui servirent littéralement de modèle pour définir le style du calypso d’après-guerre.Enfin, une forte résilience de la culture yoruba (Nigeria, Ghana, Bénin, Togo) est observée à Trinité-et-Tobago. L’influence du calypso trinidadien sur le highlife ghanéen (puis, dans les années 1970-80 sur son dérivé, l’afrobeat anticolonial du Nigerian yoruba Fela Kuti, qui a joué du highlife au début de sa carrière) n’est pas un hasard, mais plutôt un lien ethnique renouvelé. Le mouvement religieux Orisa (lié à Shango, dieu du tonnerre yoruba) a connu à la Trinité une revitalisation postérieure aux enregistrements contenus dans cet album, mais des cérémonies incluant tambours (bien distincts des percussions et rythmes venus des Antilles françaises), transes, possessions, costumes blancs ou parfois rouges, sacrifices d’animaux, festins, communion spirituelle - et des rites nécromanciens hauts en couleur - prenaient déjà place dans les années 1940-60.

La pratique orisa est répandue dans les classes sociales les moins favorisées, pas toujours revendiquée (cette tradition du secret remonte aux origines africaines), y compris chez des catholiques, baptistes et indiens qui y adhèrent en secret. Des mélanges syncrétiques entre saints chrétiens, divinités indiennes et orisas yorubas sont également avérés. La secte des Spiritual Baptists (Shouters, appelés Shakers à St-Vincent), dont les chants, tambours et rites ressemblent à ceux des Orisas, a subi au XXe siècle de fortes discriminations en raison d’un amalgame avec la “sorcellerie” dont l’accusa le pouvoir colonial. Appelées péjorativement “obeah”, les prati­ques spirituelles africaines aux Antilles ont toujours souffert d’une importante dévalorisation et répression depuis les temps de l’esclavage, ce qui expli­que partiellement le secret et le mystère qui les entoure. Habituellement discréditées et accusées de n’être que de simples escroqueries, elles ont très mauvaise réputation (excepté chez les Marrons du Suriname, qui n’ont pas subi ce regard colonial et utilisent l’obia comme une source de force spirituelle). En 1966 dans sa chanson Melda (Obeah Wedding), Mighty Sparrow réduira par exemple l’obeah à d’inefficaces “envoûtements” et “projets de mariage”, un “piège de nécromancie”.Nourri par ce riche passé, le calypso proprement dit est principalement dérivé des tambours des combats de bâton kalenda des carnavals, et de la tradition des chansons bélè (bel-air) d’origine martiniquaise. Après une première et prolifique phase de succès locaux par des artistes comme Houdini, Young Tiger et King Radio avant 1940, le calypso se métamorphosa au cours du XXe siècle, atteignant son apogée dans les années 1950 avec Lord Kitchener et Mighty Sparrow, avant de se diluer dans son succédané, la soca apparue à la fin des années 1970. L’étymologie du nom remonte à la fois à l’espagnol vénézuélien (caliso : une chanson sur un sujet d’actualité) à la langue caraïbe (carieto : chanson gaie) et du kaiso des Haoussas (nord de l’actuel Nigeria), sorte de “bravo” ou d’encouragement crié pendant les chants, et qui signifie plus précisément “bien fait, pas de pitié !” (traduction en patois : “sans humanité !”, terme utilisé dans Landing of Columbus de Lord Executor publié en 1926). Ajoutons que le terme “calypso” pourrait bien trouver une racine dans le vieux français carrousse (boire cul sec), et surtout carrousseaux (groupe de buveurs, de fêtards). La nymphe Calypso de l’Odyssée d’Homère n’aurait donc rien à voir avec le nom de cette musique.

Carnaval
Au XIXe siècle la langue créole locale (proche du créole franco-martiniquais), appelée patois, n’a pas été acceptée par les nouveaux colons britanniques, qui voulaient imposer la langue anglaise et promulguèrent des lois interdisant les expressions culturelles non-britanniques. Le patois, très majoritaire, était devenu le dialecte semi-clandestin de la résistance, et des esclaves en particulier. Cette interdiction concernait notamment la musique jouée au carnaval du Mardi-Gras. Le carnaval de la Trinité a lieu chaque année lors de la fête chrétienne du Mardi-Gras, qui chez les catholiques prend place le dernier jour avant le Carême, à la veille du mercredi des Cendres (situé 46 jours avant Pâques, qui a lieu le premier dimanche suivant la pleine lune, le 21 mars ou après). À l’origine, le mercredi des Cendres était le premier jour d’un jeûne partiel, le carême de quarante jours observé par les fidèles, faisant référence aux jeûnes de Moïse et de Jésus. Pendant les semaines suivant noël, qui précèdent le Mardi-Gras, les préparatifs des fêtes faisaient monter la tension. Pendant les carnavals du Mardi-Gras, lors de défilés aux flambeaux (“cannes brûlées” ou “canboulay”) avant l’aube, des groupes s’affrontaient dans des combats rituels au bâton, rythmés et encouragés par les maracas des chanteuses de bélè (un tambour) et les chansons de style “old kalenda”. Le kalenda est l’un des noms de ces affrontements au bâton. Dérivé de pratiques africaines, on retrouvait également ces chorégraphies de lutte dans le port de la Nouvelle-Orléans et à la Martinique (orthographe française : calinda). Les chansons kalenda sont dérivées des chants de combat interprétés lors de défilés du carnaval. On peut apprécier un morceau inspiré par ces combats à la fin du premier disque, Kalenda March, où l’on entend des tambours proches d’un rythme sans doute mandingue, tels qu’ils sont joués pendant les marches du carnaval :

Every year it’s carnival time don’t forget
That is Trinidad national fête
From carnival morning six bell chime
And everyone they would start to rhyme

À la suite d’affrontements avec la police lors des cannes brûlées de 1881, les tambours créoles ont été interdits en 1884. En conséquence, les styles de chants traditionnels sans percussions, en français, d’avant l’abolition de l’esclavage (1834), le kalenda (chant des lutteurs), le bongo (chant du lever), le bélè (ou bel air, venu de la Martinique) et le paseo vénézuélien revinrent en force. Les afro-trinidadiens exécutèrent alors des mascarades tolérées, où ils se moquaient de la hiérarchie et de la monarchie britanniques à travers leurs chants et leurs costumes chatoyants - et des musiques afférentes. Quant aux chansons improvisées sur des sujets d’actualité, comme au Venezuela elles furent appelées cariso, ou caliso, souvent interprétées en patois français créole jusqu’aux années 1930. La francophonie est progressivement passée de mode, mais de nombreux termes français ont perduré dans le dialecte local. Le premier “calipso” (sic) est publié en 1900 en anglais dans un journal de Port of Spain. Les chanteurs de calypso et leurs groupes participaient fréquemment à des concours publics et répétaient ensemble plusieurs semaines avant le carnaval, où ils devaient s’imposer coûte que coûte. Interdits, les tambours furent vite remplacés par des tubes de bois ou de bambou frappés sur le sol, les “tamboo-bamboo”, proches des quitiplas du Venezuela. Les tambours réapparurent au Mardi-Gras dès 1905.

Enregistrements fondateurs
Proche du jazz états-unien originel, et anglophone comme lui, le calypso mûrit simultanément au blues et au jazz, à la fin du XIXe siècle. Il évoque des similitudes avec les spectacles de Black minstrels américains. Il est enregistré dès 1914, soit trois ans avant le premier disque de jazz et six avant le succès Crazy Blues de Mama Smith, premier blues enregistré, qui lança le blues en tant que genre. Sa diffusion précède donc celle des musiques afro-états-uniennes. Un nombre conséquent d’enregistrements des années 1910-1920 a été réalisé à la Trinité par les disques Decca et Victor. Subversifs pour le pouvoir colonial, les tambours des musiques kalenda accompagnant les fameux combats de cannes brûlées n’ont évidemment pas été retenus pour ces précieuses séances historiques. Mais ces enregistrements pionniers dévoilent tout de même des musiques caribéennes significatives. On y retrouve un mélange hétéroclite de musiques coloniales, vénézuéliennes, latines, états-uniennes, britanniques, européennes, où le violon, le banjo et diverses influences s’entrechoquent dans un esprit proche de ce qui se faisait au Texas ou en Louisiane à cette époque, entre jazz (avec sa clarinette, l’anonyme Nancy des années 1910 évoque nettement le jazz états-unien - avec un zeste de klezmer), old time hillbilly, ragtime, spectacles de ménestrels et chansons populaires européennes en tous genres (mélodies latines et anglaises en particulier). Enregistré dès 1914, Lionel Belasco avait, lui, choisi un répertoire spécifiquement caribéen, tourné vers la Trinité. Son interprétation de Carmencita propose par exemple un rythme original. Les disques de Belasco montrent cette richesse d’influences que l’on retrouvera chez Sam Manning1, un autre Trini­dadien qui enregistra prolifiquement dès 1924 (notamment une version de Sly Mongoose, un traditionnel de mento jamaïcain également enregistré par Belasco - et par Charlie Parker en 1952). Ces enregistrements fondateurs du calypso chez Decca et Victor ont constitué la base du son des Caraïbes anglophones tel qu’il fut perçu pendant et après la Première Guerre Mondiale. À titre d’exemple, la biguine des Antilles françaises ne fut enregistrée que plus tard, en 1929 2.

Les musiques des Bahamas, de Haïti (les morceaux gravés par Alan Lomax dans les années 1930 ne parurent qu’en 2009), de Saint-Domingue et de Jamaïque ne firent l’objet de disques nombreux et significatifs qu’après-guerre. En revanche, à l’instar des enregistrements de son cubain3 (dès 1923) influents au Congo où ils furent à l’origine de la rumba moderne qui conquerra toute l’Afrique, dix ans plus tôt la diffusion très précoce de la musique trinidadienne permit au calypso d’influer fortement sur les autres musiques des Caraïbes. À une époque où les enregistrements n’étaient pas très nombreux - et en particulier les enregistrements de musiciens afro-américains - des artistes de Louisiane ont forcément écouté ces disques, et en ont vraisemblablement intégré des éléments dans le développement du jazz et d’autres musiques états-uniennes. Dès 1914, d’autres grands artistes de calypso ont enregistré, tel Jules Sims pour Victor (RCA). Puis ce seront Atilla The Hun, The Roaring Lion, The Tiger et d’autres vedettes réputées dans le style kalenda-calypso. Lord Invader, le trio Keskidee, The Caresser, Lord Executor ont chanté la gloire des lutteurs au bâton jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, durant laquelle le carnaval fut interdit. Le titre de “lord” (seigneur), très répandu chez les artistes trinidadiens, est une affirmation de leur puissance guerrière symbolique dans les joutes des carnavals.

Limbo
La danse (ou plutôt la contredanse, c’est à dire une danse folklorique exécutée par deux couples face à face) limbo est un aspect particulier de la musique populaire de Trinité-et-Tobago. Apparu dans les années 1950 où il est vite à la mode, le limbo consiste à passer sous une barre de bois en se penchant en arrière. La barre est posée sur deux piquets, et les danseurs qui touchent la barre - ou qui tombent en arrière - sont éliminés. La barre descend progressivement au son du calypso où le rythme est souvent joué par la clave (tibois aux Antilles francophones) et des maracas. La danse s’est exportée. Elle fit partie de la panoplie des activités proposée aux touristes aux Caraïbes, notamment sur les plages de Jamaïque. Son nom provient sans doute de l’anglais limber (s’échauffer) et du patois (anglais créole) limba (plier), mais il trouve probablement son origine dans la danse au bâton legba d’Afrique de l’ouest (Legba est aussi le nom d’un esprit vaudou haïtien). Le rythme souvent associé au limbo est bien connu dans les zones côtières d’Afrique de l’Ouest, notamment dans le makossa de la région de Douala au Cameroun, et il est répandu dans toutes les Caraïbes. Aux États-Unis il a rendu célèbre Bo Diddley, originaire du Mississippi, qui le jouait à la guitare et a notamment composé “Limbo”, enregistré à New York en 1959. Sur l’album “Around and Around” (1964) de ses disciples les Rolling Stones, le nom de rythme “limbo” est mentionné sous le titre Not Fade Away. On peut entendre ce schéma rythmique sur cet album, joué sur le tibois dans Marjorie’s Flirtation.

Calypso 1939-1959
Cette anthologie est consacrée à l’âge d’or du calypso. Cette musique avait déjà connu un demi-siècle de succès dans un style proche de celui des titres de Houdini ou King Radio aux chœurs et arrangements surannés entendus ici. Ce florilège présente surtout le son authentique du calypso moderne en version originale : Lord Invader, Lord Melody, Lord Kitchener, Mighty Sparrow et leurs concurrents. Comme dans le mento jamaïcain, le blues ou le rock and roll, les doubles sens du calypso de Lord Kitchener servent à communiquer des idées répréhensibles : allusions identitaires, spirituelles, contestataires - et surtout sexuelles. Joyeux, plein d’humour, de satire et d’arrogance, le calypso est cadré par le contexte des carnavals et des rivalités de clans - installés dans des “tentes” pendant les carnavals - et l’ambiance des combats de kalenda, interdits en 1910. Mais, plongeant sans doute ses racines dans le signifying (irrévérences et confrontations de fripons) que l’on retrouve aussi aux États-Unis, hérité de l’Afrique et des siècles de l’esclavage, l’esprit de défi et d’affrontement des écoles restera très présent symboliquement. On le retrouve dans la samba brésilienne, dans les clash des sound systems de reggae jamaïcains, dans le boasting du hip hop et dans d’autres îles de la mer des Caraïbes. Les chanteurs testaient le public dans des exercices de glorification de leur camp et d’eux-mêmes, et n’hésitaient pas à se moquer de leurs concurrents, comme ici dans la chanson Reply to Melody, où “King” Mighty Sparrow reproche à son concurrent Lord Melody de copier toutes ses innovations. Il en profite au passage pour l’insulter directement, et sans le moindre double sens.Les percussions se sont peu à peu diversifiées (cuillères, bouteilles).

Trinité-et-Tobago est un pays exportateur de pétrole, et dans les années 1940 les barils utilisés comme récipients ont donné naissance à une nouvelle et influente forme musicale, les steel bands (orchestres d’acier) dérivés des balafons bantous. Les couvercles de barils d’acier, creusés et accordés au marteau, puis soudés, forment ainsi des instruments de musique originaux, les steel drums au son puissant et facilement identifiable, joués avec des mailloches (maillets doux) ou des maillets de bois. Des orchestres se sont développés, interprétant le plus souvent des morceaux instrumentaux, mais ils accompagnent parfois des chanteurs, comme on peut l’entendre ici sur l’exquis Boys Days de Enid Mosier & Her Trinidad Steel Band. Enid Mosier était comédienne et chanteuse. Elle joua au côté de Pearl Bailey dans la comédie musicale de Truman Capote House of Flowers en 1954. Elle y interprétait, entre autres, Two Ladies in de Shade of de Banana Tree et Has I Let You Down? On peut découvrir cette excellente chanteuse sur l’album Enid Mosier & Her Trinidad Steel Band, où en dépit du titre, elle ne chante qu’un seul morceau dans le style calypso (le reste est dans un style music-hall). Fire Down Below de Beauty and the Brute Force Steel Band est y ici interprété par Dot Evans. Cette dernière composition est une reprise de la bande du film L’Enfer des tropiques (Fire Down Below, Robert Parrish, 1957). Ce classique contribuera au succès international du calypso en 1957.On peut y voir deux amis, joués par Jack Lemmon et Robert Mitchum, se disputer la belle Rita Hayworth à bord d’un bateau errant dans la région de Trinité-et-Tobago. C’est quelques semaines plus tôt, lors du tournage sur l’île de Tobago du film Dieu seul le sait (Heaven Knows, Mr. Allison, John Huston, 1957) que Robert Mitchum5 avait rencontré les chanteurs Mighty Sparrow et Lord Invader. Il enregistra aussitôt un album à succès, Calypso— Is Like So… qui parut en même temps que L’Enfer des Tropiques, dont l’action se situe dans la région de la Trinité. En 1969, Fire Down Below inspirera aussi une chanson de reggae du même nom au Jamaïcain Burning Spear.

King Radio, dont le Matilda de 1939 ouvre cet album, était l’une des vedettes d’avant-guerre à Trinité-et-Tobago. En 1955, cette composition deviendra le premier succès international de Harry Belafonte, qui orientera ensuite sa carrière vers le calypso4. Mais si Belafonte et Mitchum5 ont connu le succès avec leurs disques parus sous l’étiquette calypso, il faut rappeler que le premier succès américain du genre revint aux Andrew Sisters, les vedettes incontestées de la Deuxième Guerre Mondiale. C’est ce trio vocal célèbre qui reprit la chanson de Lord Invader Rum and Coca-Cola en 1944 et lança véritablement le genre calypso aux États-Unis5. Lord Invader (Rupert Westmore Grant, Port of Spain 13 décembre 1914 - New York 15 octobre 1961) décrit ici à demi-mot comment les prostituées au service des soldats américains en garnison à Point Kumana, sur l’île de la Trinité, boivent du rhum dilué dans du Coca-Cola pour adoucir leur tâche “working for the yankee dollar”. Pour cette chanson Invader a utilisé la mélodie d’une chanson folklorique martiniquaise, L’Année passée. Lionel Belasco, un des premiers Trinidadiens à avoir enregistré des disques (dès 1914) avait déposé le premier cette mélodie.

Le dépôt de chansons traditionnelles était monnaie courante à l’époque. C’est par ce truchement que Harry Belafonte put s’approprier des compositions jamaïcaines comme Day O, qui le rendit célèbre en 1956. Ainsi quand la version de Rum and Coca-Cola par les Andrew Sisters devint un succès aux États-Unis, Belasco attaqua en justice pour exiger les droits de la musique, qu’il n’avait pas composée, mais qui lui appartenait. Lord Invader en fit alors de même pour les paroles. Les deux ont gagné leur procès, et ont ainsi gagné plus de cent mille dollars. La chanson Yankee Dollars (1943), sur le même thème, prend un angle plus clairement antico­lonial : Lord Invader s’y plaint que la femme qu’il convoite préfère un soldat américain et ses dollars à un indigène sans le sou. C’est aussi en 1943 que le populaire thème du cocktail des îles, aussi revigorant qu’aphrodisiaque, a également inspiré à un autre Trinidadien, Wilmoth Houdini, son Gin and Coconut Water. On retrouvera ce thème dans le Coconut Water Rum and Gin de Vincent Martin6 aux Bahamas ou Take Her to Jamaica de Lord Messam (disponible dans le volume Jamaica Mento 1951-1958 dans cette série). Loin des Andrew Sisters, aux Antilles mêmes le succès de la musique trinidadienne d’après-guerre est lar­gement à créditer à Lord Kitchener, dont la qualité des compositions, des paroles, des interpré­tations et des productions ont placé la barre très haut.

Lord Kitchener
L’artiste le plus aimé de son peuple pendant un demi-siècle, il fut probablement l’auteur compositeur interprète le plus marquant de l’histoire de son pays. Apprécié pour la qualité de ses airs inoubliables comme pour ses paroles remarquables, toujours pleines d’humour et de clins d’œil, il composa des chansons pour danser, mais aussi pour exprimer des commentaires politiques et sociaux, sur l’histoire et sur son sujet favori, les relations sexuelles. Lord Kitchener a gagné le Carnival Road March annuel de la Trinité dix fois (plus que quiconque) et dix-huit fois le concours des Panorama Tunes (versions instrumentales, notamment par les steel bands) : ses mélodies accrocheuses sont interprétées par les steel bands dans toutes le Caraïbes. Ses enregistrements ont lancé la nouvelle vague du calypso dans son pays. Ils ont considérablement marqué l’influent style highlife du Ghana (qui se métamorphosera dans les années 1960 en afrobeat) et le mento jamaïcain. Sa carrière a duré plus de soixante ans, nous offrant des succès majeurs pendant un demi-siècle, une quarantaine d’albums et des centaines de compositions de qualité. Mais comme la plupart des artistes des Caraïbes, Lord Kitchener, l’un des deux véritables géants du calypso - et le plus grand - n’en est pas moins méconnu du grand public.Fils d’un forgeron réputé, Lord Kitchener dit “The Grandmaster” (Aldwyn Roberts, 18 mars 1922-février 2000) est né à Arima sur l’île de la Trinité. Il fréquente à l’âge de cinq ans l’école publique Arima Boys Government School. Son père lui a enseigné les rudiments de la guitare, et il compose ses premiers calypsos à l’âge de dix ans. Il en a quatorze quand ses parents décèdent, et il doit quitter l’école pour entrer dans la vie active. Il est si grand et maigre que sa sœur l’appelle “Bean” (haricot), inspirée par le conte anglais Jack et le haricot magique (qui pousse jusqu’au ciel). Il s’accompagne à la guitare, et trouve aussitôt son premier travail de chanteur : Bean joue pour les employés de la compagnie d’eau locale pendant qu’ils posent des tuyaux.

En 1937 à Arima il rejoint une modeste “tente” (base des artistes de calypso, toujours rivaux d’autres “tentes”) de bambou, et vise le professionnalisme. Son premier succès en scène est Shops Close Too Early, avec lequel le jeune Aldwyn, 15 ans, gagne en 1938 un concours amateur organisé par la municipalité d’Arima. Il détiendra le titre de “roi du calypso” local jusqu’en 1942, où il rejoint la Roving Brigade, une troupe itinérante qui se produit dans les cinémas de l’île. Il est alors découvert par Johnny Khan, qui le recrute pour son premier engagement professionnel (pour un dollar la soirée) dans une tente au côté de célébrités comme Tiger, Roaring Lion, Pretender et Attila The Hun. Sa chanson Green Fig (également appelée Mary, I am Tired and Disgusted) est un succès immédiat. Il y raconte que sa femme, qui le trompe, ne se fatigue même plus à lui cuisiner un bon repas. Drôle, charmant, élégant, grand (1 m 85), mince et talentueux, il est promis à un avenir brillant. Suivant le conseil du chanteur Pretender, il s’installe en 1944 à la capitale Port-of-Spain dans le but de devenir un calypsonian professionnel. Son nom d’artiste lui est alors attribué par un autre chanteur de calypso, Growling Tiger : ce sera Lord Kitchener, du nom d’un héros national de l’empire britannique, un militaire à grosse moustache responsable de l’usage systématique de la mitrailleuse par les Anglais au cours de la Première Guerre Mondiale, et dont le portrait arborait les affiches de recrutement de l’armée : “Britons want YOU - Join your country’s army - God Save the King”.

Lord Kitchener se produit dans des tentes pendant la saison du carnaval et parvient le reste du temps à vivre de ses concerts, notamment dans les bases militaires américaines. En 1945, il chante Green Fig en présence du Président américain Harry S. Truman en visite dans l’île, et séduit Port-of-Spain avec sa nouvelle composition I Am a Worrier (“je suis un inquiéteur”), un jeu de mot avec warrior (guerrier). Appelé Kitch par ses nombreux admirateurs, le chanteur est déjà l’un des artistes les plus appréciés de l’île grâce à ses musiques soignées, aux mélodies et aux harmonies recherchées, et à son formidable talent de parolier. Interprète désopilant, il fait rire le public avec ses saynètes de la vie quotidienne, où il met en scène et en rimes différents personnages. Il triomphe au carnaval de 1946 avec Tie Tongue Mopsy (un sketch sur une fille atteinte d’ankyloglossie, qui demande à son amoureux endormi de partir avant l’arrivée de sa grand-mère), suivi de Chinese Never Had a VJ Day (“Les Chinois n’ont jamais eu de fête commémorant la victoire sur le Japon”) et le Jump in the Line attribué à Raymond Bell. Il est désormais suffisamment connu pour ouvrir sa propre tente, la “Young Brigade” évoquant son nouveau style. Il y lance Lord Zigfield, Lord Melody, Mighty Killer, Sir Galba, Spoiler et Viking. Lord Kitchener remporte le prix du carnaval 1947 avec Scandal in St Ann’s, Mount Olga et toujours Tie Tongue Mopsy, et part chanter aux îles d’Aruba et Curaçao à la fin de l’année. Puis, accompagné par le chanteur de calypso Lord Beginner, il s’installe six mois en Jamaïque, où il fait sensation avec ses concerts et enseigne le calypso. Les paroles très osées à double sens, dont il est déjà le maître incontesté, sont appréciées en Jamaïque. Et comme Belafonte plus tard, il puise une partie de son inspiration dans le répertoire mento, équivalent jamaïcain du calypso trinidadien.

C’est en 1948 qu’il embarque avec Lord Beginner sur le paquebot M.V. Windrush, devenu depuis un symbole de l’émigration des Antillais vers la Grande-Bretagne. En débarquant à Tilbury le 21 juin 1948, il est filmé par les actualités cinématographiques de la BBC en train de chanter sa nouvelle composition, écrite pendant la croisière : London Is the Place for Me. Le West Indian Club de Londres voit le film et l’engage aussitôt. Il chantera bientôt dans trois clubs différents chaque soir. Il gagne de l’argent, porte des chaussures voyantes, un chapeau de feutre fedora (également appelé borsalino), des habits zoot d’une grande élégance, et séduit nombre de femmes. Au point que, dans un splendide élan d’auto-dérision, il liste dans Woman’s Figure tous les atouts physiques que doivent posséder ses prétendantes ! Lord Kitchener restera quinze ans en Angleterre. C’est là qu’il enregistrera enfin les succès scéniques qui l’avaient rendu célèbre à la Trinité. Kitch, Come Go to Bed donne le ton : ce grand classique raconte comment une femme folle de lui l’appelle par son petit nom pour l’attirer dans son lit. My Wife’s Nightie rapporte comment une maîtresse d’une nuit a dérobé la robe de chambre de son épouse partie en voyage, ce qui le met dans un grand embarras :

She came for one night with Kitchener
She seems of a decent character
But when I woke up in the morning
My wife’s pretty nightie was missing
Come back with me wife’s nightie
Cynthia you know it’s dishonesty
I am going to charge you for larceny

Il grave des 78 tours pour les sociétés EMI-Parlophone (qui lanceront les Beatles dans les années 1960) sous la direction du journaliste du Melody Maker Denis Preston aux studios d’Abbey Road, Melodisc (la marque britannique de l’Autrichien Emil Shalit, également fondateur des disques Bluebeat, fut l’une des premières consacrée aux musiques du monde, et aux Caraïbes en particulier) et Lyragon, la marque pour laquelle travailla l’ancien associé de Shalit, Jack Chilkes, à partir de novembre 1952. Ses premiers disques plaisent aux Caraïbes, où ils sont exportés en quantité. Grâce à la qualité de ses seuls enregistrements, il parviendra à rester au premier plan à la Trinité. Il grave par exemple Drink-a-Rum, une chanson à boire : le matin du 26 décembre, les participants se lèvent traditionnellement avant l’aube pour défiler en ville. Les rites afro-caribéens utilisent le rhum, en anglais spirit (esprit), comme un liquide de purification qui écarte les mauvais esprits. En ce sens, l’évocation du rhum par Kitch renvoie aux ancêtres africains et à leurs pratiques de possession par les esprits des défunts lors de transes stimulées par une musique entraînante. Une fois installé à Londres, son point de vue sur la Grande-Bretagne évoluera considérablement. Il critiquera la société britannique (qui accueille mal les immigrés antillais affluant à l’approche des indépendances), la cuisine anglaise et le froid, mais toujours avec humour, et avec un sens de l’anecdote qui élargit sa popularité dans les Antilles anglophones : Trinité-et-Tobago, Grenade, Bahamas, Îles Vierges, Domi­nique, Jamaïque, Barbade, Sainte Lucie et des dizaines d’autres îles, sans oublier la diaspora caribéenne vivant en Angleterre et ailleurs. Il incorpore dans le calypso des éléments de jazz, de mento et de rumba, comme on peut l’entendre ici dans Rhumba Anna. Il se produit aussi avec succès à New York, Washington D.C. et sur toute la côte est américaine.

Fatigué de la vie de noctambule, ses revenus confortables lui permettent de ralentir ses activités. Il se marie en 1953 avec Marjorie, avec qui il aura un fils et pour qui il écrit peut-être l’excellent Mar­jorie’s Flirtation sur le thème des Américains qui s’approprient les femmes locales.

Marjorie I am tired of you
‘Cause you are not really true uh huh
For every time I walk down the Strand
I can hear you were talking to some Yankee man (I’m going to beat you)
He was a big Yankee man (I’m going to beat you)
He was a rough Yankee man (I’m going to beat you)

C’est peut-être aussi sa nouvelle belle-mère qui lui inspire le comique Nosey Mother-in-Law. Tout en continuant à chanter dans toute la Grande-Bretagne, Kitch s’installe dans la ville humide et glaciale de Manchester, et y ouvre une boîte de nuit, qu’il agrandira bientôt. Il achète une maison à deux appartements. Au sommet de sa créativité et de sa gloire en 1953, Kitch compose et enregistre à nouveau. Ses chansons à double sens sont de plus en plus osées. Black Pudding évoque directement son sexe noir ; la séduction des hommes de peau colorée était à cette époque de ségrégation raciale un sujet tabou. Affirmer qu’un Noir pouvait séduire - et, en sous-entendu, séduire une femme blanche - était en 1955 profondément subversif.

When Doreen came to my café
This is what she had to say
Mister your pudding is sweet
That’s the kind I love to eat
Black pudding, ain’t it lovely
Black pudding, sweet like honey
Black pudding, nice and tasty
Big and juicy
First she took a little bite
Boy your pudding is just right
This will have me feeling fit
I could eat up all of it

Alors que la majorité des Antillais est notoirement homophobe, Lord Kitchener est même capable d’aborder le sujet délicat de l’homosexualité avec sourire et tolérance dans le sketch Romeo, où il refuse les avances insistantes du chauffeur :

Will you keep on driving, Romeo
And stop interfering, Romeo
I haven’t got the feeling, Romeo
If you continue smooching, Romeo
I’m going to tell me mummy, Romeo
That you want to kiss me, Romeo
And if I let you kiss me, Romeo
You may tell somebody, Romeo
Don‘t try to kiss me, Romeo
Don’t try to touch me, Romeo
For if I let you touch me, Romeo
You may tell somebody, Romeo

Il prend aussi position avec des paroles plus engagées, comme Beware Tokyo, Africa my Home (où il fait allusion au mouvement de Marcus Garvey pour le “retour” en Afrique, qui inspira notamment le mouvement Rastafari jamaïcain) et If You’re Not White, You’re Considered Black, où il proteste contre le racisme. Sans véritablement atteindre la consécration planétaire, ses grands succès parviennent à dépasser le cadre des Antilles : Lord Kitchener le héros populaire des Caraïbes anglophones sera à sa manière le premier précurseur de Bob Marley. Dans ce registre, il est bientôt suivi par le new-yorkais d’origine jamaïcaine Harry Belafonte, qui obtient son premier tube avec la chanson trinidadienne Matilda enregistrée en 1955. Contrairement à Kitch, Belafonte réussira à toucher un très large public blanc. Il deviendra aussi un symbole de la lutte pour les droits civiques des afro-américains. Alors qu’en 1944 aux États-Unis les superstars blanches les Andrew Sisters avaient fait de Rum and Coca-Cola le premier véritable succès international du genre calypso, le talent de Kitch contribue à mettre l’étiquette calypso en vogue, et diffuse des morceaux très engagés pour l’époque. Il inspire nombre de musiciens antillais, notamment les artistes de mento jamaïcain Count Lasher6 et le Chin’s Calypso Sextet7. Il suscite aussi la vocation de Trinidadiens comme Mighty Sparrow, qui en son absence à la Trinité devient son principal rival. En 1956, après le succès de sa reprise du Matilda de King Radio, Harry Belafonte publie “Calypso”, premier album de l’histoire vendu à un million d’exemplaires.

Les tubes de Belafonte sont en réalité des compositions de mento jamaïcain pour la plupart, mais ce disque célèbre achève de lancer l’étiquette calypso dans le grand public international. Kitch retourne alors aux États-Unis, où il est engagé dans la Calypso Revue de l’acteur et producteur trinidadien Geoffrey Holder, mais cette production est un échec. Un film est aussi annoncé, mais il ne sera jamais tourné. Après quelques concerts, Lord Kitchener rentre à Londres, où il enregistre en 1956 Mad Bomber, un morceau consacré au paranoïaque qui terrorisa New York avec des attentats à la bombe. Il chante aussi en Afrique, où son calypso marque fortement le highlife du Ghana, qui fut la première des colonies africaines à obtenir l’indépendance, un événement qu’il saluera avec Birth of Ghana en 1957.Pendant cette période de la mode calypso, d’autres artistes enregistrent des titres de Lord Kitchener, mais ses remarquables compositions lui sont rarement créditées. Les Jamaïcains Lord Flea & His Calypsonians interprètent un dérivé de Kitch’s Be-Bop Calypso8 dans le film Bop Girl Goes Calypso. Une chanson en réponse à cet hommage au jazz moderne est aussi gravée sous le nom de Calypso Bebop par le Trinidadien Young Tiger (George Browne), qui au contraire considère le be-bop comme “une monstruosité”. Kitch ne bénéficie pas vraiment de la vogue calypso. Alors que Blind Blake (aux Bahamas), Henri Salvador (Mathilda), Dario Moreno (Day O, J’aime la vie tranquille), Chuck Berry (Jamaica Farewell), Robert Mitchum et bien d’autres vendent des disques étiquetés calypso, l’Europe et l’Amérique passent largement à côté de la grande vedette trinidadienne du genre.

En revanche chez les afro-caribéens, la popularité de l’authentique roi du calypso sera durable - et immaculée. Son hilarant Dr. Kitch (1963) marquera notamment son époque, inspirant par exemple au Jamaïcain Lee “Scratch” Perry son rocksteady Doctor Dick (1966). Ce fameux chanteur et producteur de reggae, qui fait ses débuts en studio en 1963, est fortement marqué par Lord Kitchener : il enregistre lui aussi sur le thème de la belle-mère avec le ska Mother in Law, et c’est une approche humoristique influencée par celle de Kitch qui fera son succès. Après seize ans d’exil, l’enfant prodigue fait finalement son retour triomphal à la Trinité au carnaval de 1963, quelques mois après la déclaration d’indépendance de son pays. Kitch y fonde la Calypso Revue, qui continuera longtemps en tant que “tente” à part entière, et remporte avec elle le prix de la Road March en 1963, 1964, 1965, 1967 et 1968, et cinq de plus entre 1970 et 1976. Il pleut pendant le carnaval de 1972 et l’année suivante, Kitch remportera le prix avec Rainorama, qui relate le déluge de l’an passé. Il critique la soca, un rythme trinidadien à la mode qui diminue beaucoup l’importance des paroles, mais l’adopte à son tour et remportera quantité de succès dans ce style, comme Calypso Bum Bum, premier tube international du genre en 1978. La revue de Kitch accueillera nombre de nouveaux artistes, qu’il parrainera jusqu‘à sa disparition. Il collectionnera les succès jusqu’à la fin. Certaines de ses chansons sont devenues des classiques interprétés par les orchestres de steel drums (Pan in a Minor, Iron Man, Bee’s Melody, Mystery Band et Guitar Pan en particulier) dans toutes les Antilles et au-delà. “J’ai essayé de rendre le calypso plus intelligent et la soca plus dansable” dira-t-il au magazine Billboard.Toujours en costume cravate et borsalino, il se produira sur scène jusqu’à la fin des années 1990.

Une pétition incitera le gouvernement trinidadien à lui décerner la Trinity Cross, plus haute distinction civile du pays. Mais en fin de compte les autorités ne lui ont proposé qu’une médaille moins prestigieuse, qu’il refusa. Pareillement, sa famille rejeta l’offre d’obsèques nationales : “Kitch est un homme du peuple, et même s’il ne porte pas de costume, tout homme ordinaire doit avoir la possibilité de venir aux obsèques” déclara une amie de la famille au quotidien Trinidad Express. Son fils Kernal et sa fille Quewina sont à leur tour devenus des artistes de calypso réputés.Mighty SparrowMighty Sparrow (Slinger Francisco, 9 juillet 1935) est né à Grand Roy, un village de pêcheurs sur l’île de la Grenade, d’une famille pauvre. “The Calypso King of the World” est, avec Lord Kitchener, l’artiste qui a dominé le calypso après la Deuxième Guerre mondiale. Utilisant largement la formule musicale qui a fait le succès de son grand rival, il reste vivre principalement à la Trinité (Kitch était exilé en Angleterre). Il est réputé pour ses paroles drôles, à l’occasion très crues, qui confinent parfois à la vulgarité, comme par exemple ici dans Reply to Melody. Sparrow a gagné le concours du Carnaval Road March huit fois, soit deux de moins que Kitch. Mais comme lui, il n’est jamais parvenu à atteindre le grand public comme Harry Belafonte a pu l’accomplir (notamment en choisissant un répertoire aux paroles moins explicites). Il a apporté une nouvelle sensibilité au calypso.Sparrow a débarqué à la Trinité à l’âge d’un an. Il est choisi pour chanter baryton et ténor, en latin, dans le chœur de garçons (chants grégoriens, cantiques) de l’école catholique de St-Patrick. Il écoute aussi du calypso, des groupes vocaux américains, et les vedettes de son temps : Nat “King” Cole, Frankie Laine, Sarah Vaughan, Ella Fitzgerald, Frank Sinatra, etc.

À 14 ans, il rejoint un steel band du quartier. Il a pour habitude de gesticuler sur scène, contrairement à ses concurrents, plus statiques. Plus âgés que lui, les musiciens disent qu’il devrait se concentrer sur le chant plutôt que de se mouvoir comme un moineau. Le surnom Mighty Sparrow (le moineau puissant), dit The Birdie, est resté. Il rejoint en 1955 le groupe Gayap, qui soutient la candidature du futur Premier Ministre, Eric Williams. Son succès coïncide avec l’élection de Williams quand, à dix-neuf ans, il remporte son premier concours de la Carnaval Road March en 1956 avec Jean and Dinah (qui sera repris avec succès aux États-Unis par Robert Mitchum en 1957), l’année du succès mondial de Belafonte, qui l’enregistrera à son tour en 1972. La chanson met en scène des prostituées qui vendent leurs services aux soldats américains : la guerre est finie, il n’y a presque plus de soldats et Sparrow peut “toutes les avoir gratuitement”. Il ne reçoit que quarante dollars pour tout prix, et organise l’année suivante une grève suivie par la moitié des participants, qui boycottent le concours. Il enregistre la chanson Carnaval Boycott et monte un syndicat de musiciens. Il refuse la compétition pendant trois ans tout en se produisant en parallèle du carnaval officiel. Il remporte malgré tout le concours en 1958 avec P.A.Y.E. (pay as you earn), qui explique au peuple le fonctionnement des impôts et fait écho à une campagne du parti de droite élu, le PNM. Deux autres chansons ont autant de succès à ce même carnaval : Teresa et Russian Satellite, où il proteste contre le sort réservé à la chienne Laïka, cruellement morte de chaleur (la propagande disait à l’époque qu’elle avait été empoisonnée) dans le premier satellite de l’histoire à contenir un animal.

Murder murder everywhere
These people must ever care
Murder murder everywhere
I wish these people would ever care
This time it’s really out of place
Over a thousand mile in space
They poisoned the food for the puppy
Oh Lord this is more than cruelty
Although they’re trying their best
They’re all making a mess with the Russian satellite
They should be all sent to prison for the dog that they poisoned in the Russian satellite
Two spotnicks in the sky had everybody hypnotized
Now I am very sorry for the poor little puppy in the Russian satellite

Sparrow écrira aussi des chansons d’amour pour des femmes de différentes origines : Espagne (Margarita), Inde (Marajhin), Suriname (Paramaribo en 1998), etc. Teresa est une sérénade adressée à une femme latine - et intéressée, comme tant de ses personnages féminins.

You’re worse than a dog Teresa
Yeah you break me heart
This morning you take me dollar
And now you’re playing smart
This morning you come we talk we business quiet and soft
Every time I come you’re making excuses and trying to put it off
You’re bawlin’ now ‘Sparrow let me go
Boy don’t hold me so
Me mother will knowSparrow darling wait ‘til tomorrow’
Teresa I love you
And I always thinking of you
Yo te quiero mucho
I really can’t wait for tomorrow

L’album “King Sparrow’s Calypso Carnival”, dont plusieurs titres de cette anthologie sont extraits, est publié en 1958. Il contient le délicieux Short Little Shorts, qui relate qu’un policier arrête une jeune femme portant des bermudas trop courts, et que le gouverneur, amoureux d’elle, fait changer la loi pour autoriser le port des shorts courts. Dans No More Rocking and Rolling, Sparrow raconte que le rock ‘n’ roll souffre de la popularité du calypso.

I said calypso sweeping the place like if she come out of space
Mama calypso sweeping the place like if she come out of space
I can remember rock and roll
Had the whole place under control
Since calypso leave Trinidad
Rock and roll really suffering bad
No more rocking no more rolling
No more jumping up like a fool
Whether you’re crazy or lazy
Man you just got to take it cool
This is calypso
And everyone know
It is strictly rhythm and rhyme
Whether young or old
Jump in the line
And shake your body in time!

Sparrow cherche à toucher le public américain et part pour New York en 1958. Il avait déjà enregistré pour la marque américaine Cook, mais avec l’aide de Belafonte, il est engagé par RCA Victor, une marque américaine qui ne saura pas bien exploiter son calypso populaire, cru et proche de la rue. En revanche à la Trinité, son succès est considérable. Il lance alors sa propre marque de disques, National Records (album “The Slave”), distribués en Angleterre par les disques Island. Dans au moins deux chansons (William The Conqueror et dans Leave the Damn Doctor en réponse à une critique chantée par Growling Tiger) il soutiendra ouvertement Eric Williams et le PNM (People’s National Movement), le parti conservateur de droite élu en 1956 (le PNM restera aux affaires jusqu’en 1986) qui obtiendra l’indépendance du pays en 1962. Avec ses paroles soignées et ses interprétations splendides, Sparrow trouve un public en Grande-Bretagne, et remporte la Road March de 1960 avec Ten to One Is Murder (qui relate un incident où Sparrow a été accusé d’avoir tiré sur un homme). Son morceau Congo Man (1965), où il se moque des Africains, qu’il associe au cannibalisme, et des femmes, créera une polémique de plus. Chaque année, Mighty Sparrow produira un album ou une série de chansons retentissante, remportant les championnats en alternance avec Lord Kitchener jusqu’au retour de celui-ci à la Trinité en 1962. À la fin des années 1970, il passera lui aussi au style soca, et continuera à dominer la musique populaire trinidadienne jusqu’aux années 2000. Mighty Sparrow a fait de nombreux émules, comme The Sparrow, dont le nom prête à confusion. On l’entend ici interpréter le classique Brown Skin Girl, que Harry Belafonte reprit sur son célèbre album “Calypso”, et un standard populaire dans le répertoire mento jamaïcain, Hol ‘Em Joe. Comme d’autres chansons de cette anthologie, Brown Skin Girl se réfère au comportement des soldats américains, qui en garnison à la Trinité ne reconnaissaient pas toujours leurs enfants nés de rencontres éphémères.

Lord Melody
Lord Melody (Fitzroy Alexander, 1926-26 septembre 1988) est né à San Fernando (Trinité-et-Tobago). Élevé dans un orphelinat, il est encore adolescent quand Lord Kitchener le prend sous son aile et le lance dans sa troupe The Young Brigade. Il se fait connaître avec Berlin on a Donkey (qui se moque d’Adolf Hitler) et Boo Boo Man, tournant en dérision sa supposée laideur. Quand en 1947 Kitchener s’exile en Angleterre, Melody est déjà l’un de ses rivaux. Excellent parolier comme son maître, il s’associera en duo avec Mighty Sparrow, et profiteront ensemble de l’absence de Kitchener en mettant leur propre rivalité en scène avec humour, comme on peut l’entendre ici dans le Reply to Melody de Sparrow avec qui il a gravé plusieurs grands succès. Melody écrit aussi plusieurs chansons où il se moque de sa propre image, comme on peut entendre ici dans Creature from the Black Lagoon. C’est dans le sillage du succès de Harry Belafonte que Lord Melody publie son premier album “Sings Calypso” en 1957, suivi de “Again” en 1958, également pour la marque américaine Cook. Il effectue plusieurs tournées dans les Caraïbes, qui lui inspirent sans doute Life in Brazil, où il raconte ses conquêtes au Brésil et prononce quelques mots de portugais:

Too much whisky too much wine
Too much women I left behind
The whole of Brazil was going mad
To see the life from Trinidad (…)
The whole of Brazil was paint in white
Twenty girls for myself each night
What they wanted I do not know
I wonder why women love me so
When I finish eat they will scrub me mouth
Then one by one I walk them out
When I finish walking they’ll scratch me head
Mama I nearly dead!Gloria gloria gloria! (…)
Helena buy me a Cadillac
Gloria jealous, why give it back
Lolita buy me a couple suitI no lie I speak the truth
The whole of Brazil wanted me
To be president of the industry
I said no, they said yes, I said no they said yes
They said you we adore!

Son Boo Boo Man sera repris en 1957 par Robert Mitchum (sous le nom de Mama Look a Boo Boo), puis par Harry Belafonte. Lord Melody perdra de la popularité après son grand classique de 1962, Shame and Scandal, qu’il enregistrera plusieurs fois. Ce morceau sera aussi enregistré en Jamaïque en version ska par King Bravo, par Peter Tosh & the Wailers accompagné par les Skatalites, et par le groupe de mento les Hiltonaires. Son cancer est diagnostiqué dès le début des années 70. Il lutte contre la maladie, rejoint le mouvement Rastafari et gravera un album de reggae, “I Man”, qui contient les singles Brown Sugar et Rastaman Be Careful en 1979. En 1982, il sortira aussi l’album de soca “Lola”. Des années après sa mort, le groupe anglais Madness fera de son Shame and Scandal un succès international (2005).

Les deux îles ont engendré nombre d’artistes de calypso. Parmi eux, le vétéran de la “old brigade” Lord Beginner (Egbert Moore) émigrera à Londres en 1947 sur le même paquebot que Lord Kitchener, et enregistrera comme lui pour Parlophone au début des années 1950. Il est représenté ici avec Louise, arrangé dans le style et le son moderne d’après-guerre, qui a fait le succès de Kitch. The Duke of Iron (Cecil Anderson, 1906-1968) fait partie de la génération d’avant-guerre. Le géant du saxophone Sonny Rollins composera Duke of Iron à sa mémoire. Le légendaire Duke a enregistré dès les années 1930 pour nombre de marques (dont Decca et RCA), enregistrant The Naughty Fly qui inspirera les chanteurs jamaïcains de mento Lord Flea et Lord Fly. Excellent pianiste, il jouait aussi du quatro (sorte de ukélélé). Sa bonne diction en anglais lui a ouvert les portes de New York, où il s’est installé en 1923 et abondamment produit, composant et interprétant des chansons souvent très osées, comme le classique Big Bamboo. En plus de Calypso Be-Bop, Young Tiger (né Edric Browne, 4 mai 1920-23 mars 2007, puis rebaptisé George) est également représenté ici avec son Trinidad, qui de sa belle voix grave vante les mérites de l’île “pays du calypso et des flamants roses”, et trace un parallèle entre les pêcheurs et les femmes qui vont à la pêche des hommes dans She Like It, He Like It. Young Tiger a été élevé dans la religion des Spiritual Baptists et le contexte des traditions yorubas où règne le Dieu Shango. Il s’intéresse au mouvement de libération des Noirs. Il s’installe en Écosse en 1941, puis fait carrière à Londres, où il se consacrera à la restauration en 1970. Il a reçu son nom d’artiste de Growling Tiger, une légende du calypso dont il a repris en 1953 le morceau Single Man.

The Roaring Lion
The Roaring Lion (Hubert Raphael Charles rebaptisé Rafael de Leon, né en 1908 à Aroquita, au nord de la Trinité, décédé en 1999), “le lion rugissant”, a été élevé par des parents adoptifs. Connu pour ses costumes toujours impeccables, il devint l’une des grandes légendes du calypso d’avant-guerre grâce à son talent de parolier, capable d’extrapoler des paroles sur tout thème donné. The Lion est aussi capable de créer des mélodies accrocheuses, sur lesquelles il développe son style de paroles personnel, riche en rimes, interprété avec élocution et rapidité. Sa carrière commence en 1928. Il enregistrera prolifiquement des années 1930 aux années 1950. En 1934, le marchand de phonographes et producteur Aduardo Sa Gomes l’envoie enregistrer à New York avec le chanteur Attila The Hun : ils sont les premiers calypsonians à graver un disque à l’étranger. Ses war calypsos (insultes), précurseurs des batailles de rappeurs, sont particulièrement réputés. Devenu historien du calypso, il se produira sur scène jusqu’à la fin de sa longue vie après avoir dérivé, comme ses collègues, vers la soca. Dans son livre Calypso from France to Trinidad: 800 Years of History, il fait remonter les racines de cette musique à la France, d’où vinrent des chansons arrivées à la Trinité par les colons des Antilles françaises. Dans sa chanson Trinidad, the Land of Calypso, il insistenéanmoins sur l’origine trinidadienne du calypso. The Lion interprète ici le standard Mary Ann, Kalenda March (sur les combats de bâton des carnavals, sur fond de tambours) et encourage sa femme Melda à se brosser les dents, se laver les mains et se curer les ongles dans Wash Your Hands.

Melodisc avait sorti en 78 tours le Malumbo d’Eric Hayden, qui reprend ici le Mama Don’t Like du pianiste américain Charles “Cow Cow” Davenport (originaire de l’Alabama). Des variantes de ce titre furent enregistrées par Lord Lebby en Jamaïque, et aux sud des États-Unis : Washboard Sam (qui évolua de l’Arkansas à Memphis) en 1935, Julia Lee (Kansas City) en 1947 et Bo Diddley (qui était originaire du Mississippi) en 1962. Mighty Terror (Fitzgerald Cornelius Henry, Arouca, Trinité, 13 janvier 1921-14 mars 2007) a commencé sa carrière en 1948 dans la tente Calypso Palace à Port-of-Spain. L’année suivante il rejoint la tente Young Brigade fondée par Lord Kitchener. Il enregistre pour Eduardo Sa Gomes en 1951, Christopher en 1952 et Dial en 1953. Terror embarque alors pour l’Angleterre où il poursuit sa carrière de chanteur dans les boîtes antillaises de la capitale britannique. Il enregistre en 1954 pour Melodisc et gagne le prix de Calypso King of Great Britain lors d’un concert donné en 1957 à la suite d’exactions contre la communauté antillaise de l’ouest de Londres. Ce concert aura ensuite lieu chaque année, et deviendra le fameux carnaval annuel de Notting Hill Gate. Il sera souvent en tournée avec Lord Kitchener jusqu’en 1964, et rentrera à la Trinité en 1965, où il continuera une carrière de calypsonian. Sa chanson Chinese Children Calling Me Daddy aborde humoristiquement le thème de l’adultère : sa femme le trompe et des enfants chinois l’appellent papa !

The Charmer
Quant au titre Female Boxer de The Charmer (Louis Eugene Walcott, 11 mai 1933, né d’un père jamaïcain dans le Bronx à New York), il raconte un combat contre une femme boxeuse (qui gagne). Une curiosité à plusieurs titres : d’abord par son thème, ensuite par son origine, qui n’est pas précisément trinidadienne, mais fait néanmoins partie de l’histoire du calypso - et par l’identité de son compositeur interprète. Avant le succès de Belafonte, qui a bouleversé le destin de cette musique en 1956, les endroits où l’on pouvait écouter des musiciens de calypso étaient rares aux États-Unis. Abandonné par son père, le jeune Louis est élevé dans le quartier antillais de Roxbury à Boston par sa mère originaire de l’île Saint-Kitts. Brillant élève, il devient vite un violoniste accompli, à tel point qu’il est invité à jouer dans l’émission de télé Amateur Hour de Ted Mack. Louis découvre alors le calypso à un concert du groupe new-yorkais de Gerald Clark qui se produit dans son quartier. En 1950, il part étudier au Winston Salem Teacher’s College en Caroline du Nord, où il monte un groupe de calypso. Très marqué par le racisme, et fasciné notamment par les paroles engagées souvent présentes dans ce style, qui représente alors un moyen d‘expression assez libre dans la communauté afro-américaine des États-Unis, il compose la chanson America Is No Democracy qui rappelle qu’une grande partie des afro-américains n’ont toujours pas le droit de vote ; après avoir été diplômé des Latin School et English High School de Boston, il abandonne ses études à l’été 1953 et devient chanteur professionnel sous le nom de The Charmer. Il interprète des standards comme Hol ‘Em Joe, Ugly Woman, Mary Ann, Brown Skin Girl et compose Is She Is, or Is She Ain’t (inspiré par les opérations de changement de sexe de Christie Jorgensen), Don’t Touch Me Nylon, et le Female Boxer inclus ici.

The Charmer était connu pour son Stone Cold Men et sa reprise du Zombie Jamboree (composé en 1953 par Conrad Eugene Mauge, Jr. et popularisé par Lord Intruder) sortie chez Melodisc, qui met en scène des fantômes dans un cimetière de New York. Il enregistre en 1953-54 une douzaine de titres pour les influents disques Monogram de Manuel M. Warner, également propriétaire des disques Ritmo et Paragon spécialisés dans les musiques des Caraïbes. Ces disques sont diffusés aux États-Unis et dans toutes les Antilles. Monogram exploitait les enregistrements de plusieurs artistes de calypso, dont Lord Kitchener, The Lion et Duke of Iron. The Charmer y est accompagné par des musiciens originaires des îles Vierges, Johnny McCleverty & His Calypso Boys, et il a suffisamment de succès pour être engagé à New York dans le Calypso Follies Show du Blue Angel, un des rares endroits aux États-Unis où l’on peut découvrir les musiques des Caraïbes. En 1955 The Charmer continue les tournées. Un jour à Chicago il se rend à une conférence d’Elijah Muhammad, leader du mouvement Nation of Islam dont Malcolm X est membre. Impressionné, il se convertit et prend un temps le nom de Louis X. Mais Elijah Muhammad considère que la musique n’est pas compatible avec les principes de l’Islam. Préférant s’engager pour une cause politico-religieuse, Louis abandonne sa carrière de musicien. Elijah Muhammad lui donne alors un nouveau nom : Louis Farrakhan, qui succèdera plus tard à son maître. À cette époque, la décolonisation en marche et le mouvement états-unien pour les droits civiques se mettait en place.

Pour nombre d’Américains, le désir de renouer avec leurs racines africaines passait par la conversion à cette religion d’origine arabe, qui par beaucoup était considérée être la grande religion africaine (en 1979, Lord Melody préfèrera, lui, le mouvement rasta jamaïcain qui se réfère à la chrétienté éthiopienne), alors qu’à la Trinité même la spiritualité Orisa des Yorubas a été préservée. À New York, de nombreux musiciens de jazz ont choisi la voie musulmane. Le nationalisme noir radical hérité du mouvement de Marcus Garvey a pu sembler être une solution logique face aux injustices de la société blanche. Mais comme tous les nationalismes, il a renforcé la division des peuples, en l’occurrence parce que sa logique soutient implicitement une forme de ségrégation raciale.Pourtant c’est ainsi qu’un talentueux chanteur de calypso devint le très controversé leader d’une partie importante de la communauté afro-américaine (comme Garvey avant lui, Farrakhan sera largement considéré être un politicien extrémiste). Alors que la Nation of Islam prendra beaucoup d’ampleur dans les années 1960, l’excellent orateur Farrakhan, ex-The Charmer, sera notamment accusé d’avoir participé, par ses menaces publi­ques, à l’instigation du meurtre de Malcolm X, qui venait de quitter l’organisation en réponse à des dérives autocratiques. En dépit d’une popularité certaine, ses déclarations antisémites et homophobes exclueront Farrakhan des personnalités fréquentables de la sphère politique. Lors de sa campagne présidentielle en 2008, Barack Obama refusera par exemple son soutien. Mais son témoignage musical, teinté d’humour, de machisme et d’ironie comme tant de calypsos, était loin de laisser augurer un tel avenir.
Bruno BLUM
© Frémeaux & Associés

Photos du livret : Collections Bruno Blum & Fabrice Uriac

1 Écouter les deux volumes de Sam Manning, West Indian Jazz, 1924-1927 et 1927-1930, Jazz Oracle BDW 8028 et 8029.
2 Écouter Biguine, l’âge d’or des bals cabarets antillais de Paris, volumes 1 (1929-1940) et 2 (1929-1940) (FA007 et FA027), Swing Caraïbe (FA069) et Ernest Léardée, rythmes des Antilles (FA5177), tous chez Frémeaux et Associés.
3 Écouter Cuba 1923-1995, Frémeaux et Associés FA157 et Cuba 1926-1937-Bal à la Havane, Frémeaux et Associés FA5134.
4 Écouter Matilda sur l’album Harry Belafonte, Calypso-Mento-Folk 1954-1957, Frémeaux et Associés FA5234.
5 Écouter Jean and Dinah et Mama Look a Boo Boo interprétés par Robert Mitchum, ainsi que la version de Rum and Coca-Cola par les Andrew Sisters sur l’album Calypso dans la série Anthologie des musiques de danse du monde (référence FA5339).
6 Écouter Bahamas Goombay 1950-1959, Frémeaux et Associés FA5302.
7 Écouter Jamaica, Mento 1951-1958, Frémeaux et Associés FA5275.
8 Kitch’s Be-Bop Calypso a été repris par Lord Flea sous le nom de Calypso Be-Bop, à écouter dans le volume Calypso de la série Anthologie des Musiques de danse du monde, référence FA5339 ; Une version de Kitch, Take It Easy enregistrée par Charlie Adamson sous le nom de Is It That You Really Love Me figure sur l’album Bahamas 1951-1958, référence FA5302.

english notes
Trinidad - Calypso
1939-1958
It’s interesting to note that many of the elements of Afro-American music only reached the USA after a long period in the Caribbean; if we were to schematize, all African cultures being banned on the continent of North America until the abolition of slavery, in essence African music contributions surfaced through the Caribbean. On hundreds of islands in the West Indies, African cultures – mixed together, reinvented, Creolised – resisted much better than in the immense plantations and ghettos on the continent. As early as the 18th century, the new American music substance became a reality often spreading first through the Caribbean, with great events like the (authorized) gatherings of percussionists in Congo Square, the famous Sunday bamboulas in New Orleans (where Caribbeans took an active part), up to the elements which formed jazz or rock and roll. African cultures (especially those of the Yoruba and Ashanti peoples) were still forbidden, but escaped slaves, immigrants, slave-resistants, maroon societies and secret practices all told different stories throughout these myriad islands, giving rise to even more mixtures and new creations quite distinct from those coming out of primeval Africa. European and Asian contributions – together with indigenous native practices – also played a part in fathering the Afro-American music-styles of the future, such as calypso.

While this was happening, the scattering of these contributions across the Caribbean Sea and up along the Mississippi river intensified during the 19th century. Creole cultures arrived on the continent and travelled around the Caribbean for various reasons: American Independence in 1776 had seen loyalists and their slaves leave for the Caribbean; the French Revolution in 1789 brought French planters and their slaves to islands where slavery wasn’t abolished, like Trinidad; the Haitian Revolution in 1802 saw a similar exodus to Louisiana; and sailors, too, played a role, disseminating their shanties when their ships reached port. All these elements and different styles found their way to the continent and into Europe, even Africa. From Guyana to the Mississippi, the Caribbean region exerted an extraordinary influence that became omnipresent in 20th century popular music.From junkanoo to rock, reggae to rap, and bel-air to calypso, these styles with roots in the Caribbean have many analogies, but all are distinct, showing as much variety as the lands where they were born. Combining bodily stimulation and free dancing with lyrics that were often part of a code (double-entendres were a mode of expression inherited from slavery), the music-styles of the Caribbean all derived from a Creolisation process (in other words, a new culture that differed from those of Europe or Africa). Because they couldn’t live freely, for years the Creoles of various African origins sought to release their bodies and souls by means of their music. They created new forms of expression, linking them not only to the spirits pre­sent in their secret African traditions (principally Yoruba in Trinidad) where they communicated with their spirits in dances, but also to a space of deliverance and relief situated in the present, at least for as long as the music lasted.

It was a powerful spirituality based on bonds and attachments, unity, resistance and hope, and it engendered different forms of popular music.Stirred in a Creole context of colonisation and slavery, this mix of African, Amerindian and European cultures gave birth to Negro spirituals and many other forms of Afro-Caribbean and Afro-American music, including bamboulas, kumina, junkanoo, goombay, gwoka, ragtime, blues, mento, jazz, rumba, son, danzon, boléro, merengue, compas, biguine, gospel, rhythm and blues, soul, nyahbinghi, ska, rocksteady, reggae, rap, dub, salsa, rock and roll… together with a whole range of styles from South American popular music; with Louisiana, Texas, Jamaica and Cuba remaining no doubt the most important relays for the spread of Caribbean music’s world-reaching influence. But in terms of influence, Trinidad & Tobago came close behind them. To this already impressive list, Calypso has to be added. The term appeared on Trinidad around 1900 (where reliable traces of the genre dating back to 1884 also exist). In many ways, thanks to the attractive works of Lord Kitchener in the years 1940-1960 and his rival Mighty Sparrow as from 1956, this music left a considerable mark not only in the Caribbean islands but also in North America (via Harry Belafonte), Europe and Africa. Like Cuban rumba did before it and Jamaican reggae later would, the calypso would assist the development of various modern African musical styles such as Sierra Leone’s Krio sounds, Ghanaian highlife, and the music of Uganda.In Trinidad & Tobago, in the Fifties, around 40% of the population were descendants of people from India, and another 40% had African ancestry. Persons of mixed-race accounted for 19%, with the remaining 1% coming from Europe. Religious beliefs were just as hybrid: Catholic, Hindu, various Protestant faiths, Spiritual Baptist, Orisa (Shango), Anglican and Muslim.

Trinidad, a major exporter of oil and natural gas, lies at the southernmost extremity of the arc formed by the Antilles islands, less than six miles from Venezuela. With Tobago, Trinidad forms an independent, English-speaking state in the Leeward Islands, and its heritage is even more cosmopolitan than that of its neighbours: in times of little exchange, Trinidad quickly saw a concentration of races from all over the world. Tobago, twenty miles distant, was first colonized by Courlanders from the Duchy of Kurzeme (today part of Latvia), and populated in 1638; Tobago became an English concession in 1689 and part of the British Empire in 1814. Trinidad, a much larger island, is an authentic melting-pot: Arawak-speaking Carib Indians and Taïnos formed its population when Christopher Columbus discovered the island in 1498, and it became a Spanish colony in 1532. Its population remained small until the 18th century, when the Spanish Crown attracted thousands of Dominican and French-Creole immigrants (especially from Martinique, but also from Saint Lucia and Guadeloupe) by offering them land where they could establish plantations. These newcomers brought Africans and Afro-Caribs with them. In 1797 these islands inhabited by Amerindians, Spaniards and Caribs were conquered by the English, who added immigrants from India, China, Portugal and Syria – not forgetting the British, who arrived in turn.

Musically, the result was the adoption of a huge variety of styles. With such a rich past on which to draw, the calypso derived principally from the drums played in the Kalenda type of stick-fighting practised during Carnival in Trinidad, and the bélè (bel-air) song-tradition originating in Martinique. After a first, rich spate of local hits by artists such as Houdini, Young Tiger or King Radio before 1940, the calypso was transformed in the course of the 20th century, reaching its zenith in the Fifties (with Lord Kitchener and Mighty Sparrow), before dissolving into its successor, Soca, which appeared at the end of the Seventies. The origins of the word «calypso» go back to Venezuelan Spanish (caliso: a song with a topical subject) and the Carib word carieto (a cheerful song), and also the word kaiso used by the Haoussas (in the north of today’s Nigeria), the equivalent of a cheer of encouragement during a song; a more precise translation of kaiso would be «Well done! No mercy!» – in dialect, «No humanity!» – and the term appears in Lord Executor’s Landing of Columbus published in 1926. It’s also just possible that the original sense had roots in old French: the words carrousse (downing a glass in one draught), and carrousseaux especially, (meaning, «drunken revellers»). The nymph Calypso in Homer’s Odyssey is not in the etymology of the word at all.

Carnival
In the 19th century the local Creole language, called patois [«dialect»], was unacceptable to English colonists who wished to impose their own language. Patois, spoken by a majority, had become a semi-clandestine language of resistance, especially among slaves, and laws were promulgated banning non-British cultural expressions, not only verbal but also musical, such as the music played in the Mardi Gras Carnivals. During the latter, processions of groups bearing torches (cannes brûlées or canboulay) would face each other in ritual stick-fights just before dawn; they were enacted rhythmically and encouraged by bélè (drum) singers waving maracas and singing «old-kalenda» style songs, kalenda being just one of the names given to stick-fighting. A derivative of ancient African practices, these warring choreographies could also be found on Martinique and in the port of New Orleans (the English spelling follows the French «calinda»).

Original recordings
Close to U.S. jazz – and English-speakers – the calypso matured at the same time as blues and jazz towards the end of the 19th century. It had similarities with America’s Black Minstrel shows, and calypsos were recorded as early as 1914, i.e. three years before the first jazz record and six years before Mama Smith’s Crazy Blues hit, the first record to establish the genre. So its circulation preceded that of Afro-U.S. music-styles. These pioneering records revealed significant music from the Caribbean, with a sundry assortment of pieces from colonies, Venezuela, Latin countries, the USA, Britain or Europe where violins, banjos and various other influences collided in a spirit close to what was happening at the time in Texas or Louisiana in jazz – the anonymous clarinet in Nancy sometime after 1910 clearly evokes US jazz, with a zest of Klezmer –, old time hillbilly, ragtime, minstrel shows and European popular songs of all kinds (and Latin and English melodies in particular).

Calypso
1939-1959
This anthology is devoted to the Golden Age of the calypso, music which had already been successful for a half-century, in a style close to the titles of Houdini or King Radio to be heard here, whose choruses and arrangements carry an old-fashioned charm. Above all, this collection features the authentic sound of the modern calypso in original versions: by Lord Invader, Lord Melody, Lord Kitchener, Mighty Sparrow and their rivals. As in the mento of Jamaica, blues and rock & roll, the double-entendres of Lord Kitchener’s calypsos serve to convey ideas that were reprehensible: issues of identity, religion, authority, and sex especially. Filled with glee, humour, satire and arrogance, the calypso came from the carnival context of rivalries between clans – installed under canvas («tents») during the festivities – and from the atmosphere that reigned during kalenda stick-fights, which were banned in 1910. But, no doubt due its roots in signifying (general disrespect and hostile opposition between rogues, also found in the USA), which was a legacy of Africa and centuries of slavery, the spirit of challenge and confrontation that existed between various clans or schools remained extremely present at a symbolic level. You can find it in Brazilian sambas, in the clashing of Jamaican reggae’s sound systems, in the boasts of hip hop, and across the other islands in the Caribbean Sea. Singers tested audiences in exercises that glorified their own camps (and themselves), and they were quick to poke fun at their rivals, as «King» Mighty Sparrow does here in the song Reply to Melody, where he not only rebukes Lord Melody for copying all his innovations, but also insults him directly without the slightest second-degree.

Percussion slowly diversified into spoons and bottles. Trinidad & Tobago was an oil-producing state, and in the Forties they turned to empty crude-oil barrels, giving birth to a new and influential music-form derived from Bantu balafon, the steel drums. Their powerful sound was instantly recognizable, and they were played with either bass-drumsticks or wooden mallets. Orchestras were formed, most often playing instrumentals, but they sometimes accompanied singers (cf. the exquisite Boys Days by Enid Mosier & Her Trinidad Steel Band.) King Radio, whose 1939 song Matilda opens this album, was a pre-war star in Trinidad & Tobago. In 1955 this composition became Harry Belafonte’s first internationnal hit, causing Belafonte to give his career its new calypso orientation1.Belafonte and Robert Mitchum enjoyed success with their own recordings – labelled as calypsos – but it should be noted that the genre’s first American hit belonged to the undisputed stars of the Second World War, The Andrews Sisters vocal trio: they were the ones who picked up Lord Invader’s Rum and Coca-Cola in 1944, launching the calypso genre in the USA in the process2.In his song, Lord Invader (whose real name was Rupert Westmore Grant, b. Port of Spain, 13th December 1914, d. New York, 15th October 1961) described plainly how prostitutes catering to American soldiers – the latter had a garrison at Point Kumana on Trinidad – used to drink rum diluted with Coca-Cola to make their life more palatable when «working for the Yankee dollar». Invader took his melody from a Martinique folk-song called L’Année passée, but Lionel Belasco, one of the first Trinidadians to make records (1914), had been the first to register it. Registering traditional songs for copyright reasons was common practice in those days, and it was how Harry Belafonte came to own the rights to Jamaican compositions such as Day O, which made him famous in 1956. So, when The Andrews Sisters’ version of Rum and Coca-Cola became a hit in America, Lionel Belasco took them to court to defend his rights to the music (which he hadn’t composed), and Lord Invader did the same with regard to the lyrics. They both won their cases and pocketed over a hundred thousand dollars. The song Yankee Dollars (1943), which had the same theme, took a more clearly anti-colonialist slant: in his song, Lord Invader bemoans the fact that his woman would rather have an American soldier and his dollars than a penniless local.

Lord Kitchener
The artist most loved by his people for half a century, and probably the most significant singer-songwriter of his country. Appreciated as much for his unforgettable melodies as for his remarkable lyrics filled with humour and allusions, he wrote songs not only intended to make people dance, but also to express a socio-political commentary on history and – his favourite subject – sexual relations. Lord Kitchener won Trinidad’s annual Carnival Road March a record ten times, and on no fewer than eighteen occasions he was the winner of the Panorama Tunes competition rewarding instrumentals, notably those by steel bands. His catchy melodies were performed by ensembles like these throughout the Caribbean, and Kitchener’s records launched the new calypso wave in Trinidad, leaving a considerable mark on the Ghanaian highlife style (which was transformed in the Sixties as Afro-beat) and on Jamaican mento. In the course of a 60-year career he released hits over five decades, with some forty albums featuring hundreds of quality-compositions. However, like most Caribbean artists, Lord Kitchener, one of only two genuine giants of the calypso – definitely the greatest – remained little-known to mass audiences. He sang in «tents» during the carnival season, and managed to live from his concerts the rest of the time, playing often on American military bases. In 1945 he sang Green Fig in front of U.S. President Harry S. Truman (who was visiting Trinidad), and seduced the capital of Port-of-Spain with his new composition I Am a Worrier, a pun on the word warrior. Called «Kitch» by his many admirers, the singer became the island’s most-appreciated artist, thanks to the carefully-written melodies and studied harmonies accompanying his formidable talents as a lyricist.

«Kitch» sailed to England in 1948 (with Lord Beginner, on the steamer M.V. Windrush), and became a symbol for Caribbean emigration to Britain. He began at the West Indian Club in London and soon found himself appearing at three different venues on a single night. He was earning money, had loud shoes on his feet (and a fedora on his head, like the hats made by Borsalino) and he wore zoot suits that not only made him an elegant figure but turned him into something of a seducer: in a splendid burst of self-derision, his song Woman’s Figure lists all the physical attributes he required of women who might succumb to his charms! During the calypso-craze, other artists recorded Lord Kitchener’s songs: Jamaicans Lord Flea & His Calypsonians sang a derivative of Kitch’s Be-Bop Calypso3 in the film Bop Girl Goes Calypso, and many others never bothered to credit the original authors of these remarkable works; the result was that Kitch never really drew benefit from the fashion. With Blind Blake (in The Bahamas), Frenchmen Henri Salvador (Mathilda) and Dario Moreno (Day O, J’aime la vie tranquille), Chuck Berry (Jamaica Farewell), Robert Mitchum and many others selling quantities of records branded as calypsos, Europe and America paid little or no attention to the genre’s Trinidadian star. Amongst Afro-Caribs, on the other hand, the popularity of this genuine Calypso King was immaculate and lasting. His hilarious Dr. Kitch (1963) marked a whole era, inspiring the Jamaican Lee «Scratch» Perry, for example, who released Doctor Dick in 1966. Kitch spent sixteen years in exile before returning in triumph to Trinidad: in 1963 the island’s Prodigal Son appeared at the Carnival only a few months after his country declared Independence. He founded Trinidad’s Calypso Revue, which continued for a long time as a «tent» of its own, and Kitchener won the Road March with his Revue every year between 1963 and 1968, with five more crowns between 1970 and ’76.

Mighty Sparrow
Mighty Sparrow (real name Slinger Francisco, b. 9th July 1935) came from Grand Roy, a fishing-village on the island of Grenada. Born into a poor family, the man who became «The Calypso King of the World» was one of two artists (the other being Lord Kitchener) who dominated the calypso after the Second World War. Relying heavily on the genre which brought such success to his great rival, Mighty Sparrow stayed at home in Trinidad, where he built his reputation on funny, often crude lyrics such as the words in Reply to Melody here, which are close to vulgarity. Sparrow won the Carnival Road March competition eight times (two fewer than Kitch) but, like his rival, he never managed to reach an audience comparable to the following achieved by Harry Belafonte (which owed much to Harry’s choice of less-explicit lyrics).Sparrow gave calypso new sensitivity, and at the age of 19 he won his first Road March (1956) with Jean and Dinah, which was picked up the following year by Robert Mitchum in the USA; 1957 was also the year that saw Belafonte achieve international fame, and he also recorded the song (in 1972). Jean and Dinah tells of prostitutes selling their charms to American soldiers: the war was over, almost all the troops had left, and Sparrow could now «have them all free». Money was important: the prize he won earned him only forty dollars, and in 1958 Sparrow was behind a strike which mobilized half the competition’s entrants, and they set up a boycott. He refused to enter the Road March for three years, recording the song Carnaval Boycott and also creating a musicians’ union. But he still won the 1958 edition: the song was P.A.Y.E. (Pay As You Earn), which explained to the people how taxes worked, echoing a campaign led by the elected right-wing party PNM. The album «King Sparrow’s Calypso Carnival» – several excerpts from which appear here – was released in 1958. Among other pearls, it contained the delicious Short Little Shorts, which relates a policeman’s arrest of a young woman whose Bermudas are too short, and the subsequent action taken by the Governor – who’s in love with her – to change the law in favour of those who liked their shorts short.

Lord Melody and others
Lord Melody (b. Fitzroy Alexander, 1926, d. 26th September 1988) was from San Fernando in Trinidad & Tobago, where he was raised in an orphanage. He was still in his teens when Lord Kitchener took him under his wing and gave him a start in his troupe The Young Brigade. Lord Melody’s Boo Boo Man was picked up by Robert Mitchum in 1957 (as Mama Look a Boo Boo), and later by Harry Belafonte. Trinidad and its sister island Tobago produced many calypso artists, among them the «old brigade» veteran Lord Beginner (Egbert Moore), who emigrated to London in 1947 on the same steamer as Kitch and, like his «rival», recorded for Parlophone in the early Fifties. Lord Beginner is represented here by Louise, arranged in the modern-sounding post-war style that made Kitchener so successful. The Duke of Iron (b. Cecil Anderson, 1906-1968) belongs to the pre-war generation (tenor-saxophone giant Sonny Rollins composed Duke of Iron in memory of him). Duke was a legend, and began recording as early as the Thirties for numerous labels including Decca and RCA; one of his songs was The Naughty Fly, which inspired Jamaican mento singers Lord Flea and Lord Fly. He was an excellent pianist and also played the cuatro, a kind of ukulele. His clearly-spoken English opened doors for him, and he settled in New York in 1923; he recorded profusely, and the songs he wrote were often very risqué (cf. the classic Big Bamboo). The Roaring Lion (Hubert Raphael Charles, rechristened Rafael de Leon, b. 1908 in Aroquita, northern Trinidad, d. 1999) was raised by adoptive parents. Known for his impeccable suits, the Lion became a calypso legend in the pre-war years thanks to his talents as a lyricist who could extrapolate words from any given situation.

The Charmer
The Charmer is actually Louis Eugene Walcott, who was born on May 11th 1933 in the Bronx. His father was a Jamaican, and the song Female Boxer tells the tale of a fight with a (female) boxer. She won. The song is a curiosity: for one, it has an unusual theme; second, Walcott’s origins might not be exactly Trinidadian, but they are at least a part of calypso history; and then there’s also the singer-songwriter’s real identity to be considered. Before the success of Belafonte, which turned the destiny of the genre upside down in 1956, there were only a few places in America where you could hear calypso musicians. Abandoned by his father, the young Louis Walcott was raised in Roxbury, a West Indian neighbourhood in the Bronx, by his mother, who came from the island of Saint Kitts. A brilliant student, he quickly became an accomplished violinist and soon appeared on Ted Mack’s Amateur Hour show on American television. Louis discovered calypso at a local concert given by Gerald Clark’s band from New York. In 1950 he went to study at Winston Salem Teacher’s College (North Carolina) where he set up a calypso-group of his own. Racism had a profound effect on him, and he was fascinated by the militant lyrics often found in calypsos, which represented a means of free expression for America’s Afro-American community.

He composed the song America Is No Democracy to remind everyone that the majority of Afro-Americans still had no right to vote. When he received his diplomas from the Latin and English High Schools in Boston, he abandoned his studies in the summer of 1953 and became a professional singer under the name The Charmer. One day in Chicago, he attended a conference given by Elijah Muhammad, the leader of the Nation of Islam movement (Malcolm X was one of its members). Deeply impressed, The Charmer converted to Islam and for a while he took the name of Louis X. But Elijah Muhammad considered music to be incompatible with Islamic principles, and so Louis abandoned his career as a musician to rejoin the politico-religious cause. Elijah Muhammad gave him a new name: Louis Farrakhan, soon to replace his master as leader of the Nation of Islam. Despite his certain popularity, Farrakhan’s anti-Semitic, homophobic declarations have excluded him from the more easily-accessible circles in the political sphere: during Barack Obama’s Presidential campaign in 2008, for example, the candidate refused Farrakhan’s support. But there was nothing in The Charmer’s music – which contained all the elements of humour, machismo and irony one associates with calypsos – which could have allowed anyone to predict the singer’s future.
Bruno BLUM
Adapted in English by Martin DAVIES
© Frémeaux & Associés

Booklet photographs from the collections of Bruno Blum & Fabrice Uriac

1. Listen to Matilda on the album Harry Belafonte, Calypso-Mento-Folk 1954-1957 (Frémeaux & Associés FA 5234).
2. Listen to Jean and Dinah and Mama Look a Boo Boo sung by Robert Mitchum, and The Andrews Sisters’ version of Rum and Coca-Cola, on the album Calypso in the series Anthologie des musiques de danse du monde (FA 5339).
3. Kitch’s Be-Bop Calypso was picked up by Lord Flea as Calypso Be-Bop; it can be heard in the Calypso volume in the series Anthologie des Musiques de danse du monde (FA5339). A version of Kitch, Take It Easy recorded by Charlie Adamson as Is It That You Really Love Me appears on the album Bahamas 1951-1958 (FA5302).

CD1 
1. Matilda - King Radio 
2. Gin & Coconut Water - Wilmoth Houdini 
3. Rum and Coca Cola - Lord Invader 
4. Yankee Dollars - Lord Invader 
5. Kitch (Come Go to Bed) - Lord Kitchener  
6. My Wife’s Nightie - Lord Kitchener 
7. Can Can - Lord Melody 
8. Reply to Melody - Mighty Sparrow 
9. Trinidad Carnival - Mighty Sparrow
10. Louise - Lord Beginner
11. Female Boxer - The Charmer
12. My Advice to Men - The Island Champions
13. River Den Come Down - The Island Champions
14. Big Bamboo - The Duke of Iron
15. Mary Ann - The Roaring Lion
16. Brown Skin Gal - The Sparrow
17. Hol’ Em Joe (Donkey Wants Water) - The Sparrow
18. Trinidad - Young Tiger
19. Drink-A-Rum - Lord Kitchener
20. Creature From the Black Lagoon - Lord Melody
21. Kalenda March - The Roaring Lion

(1) (Norman Span a.k.a. King Radio) King Radio (vocals), other musicians unknown. 1939.
(2) (Wilmoth Houdini) Wilmoth Houdini (vocals), other musicians unknown. 1943.
(3) (Rupert Westmore Grant a.k.a. Lord Invader) Lord Invader (vocals), other musicians unknown. 1943.
(4) same as above.
(5) (Aldwyn Roberts a.k.a. Lord Kitchener) Lord Kitchener, vocals. Other musicians probably include Joe Harriott or Albon Timothy (saxophone), Freddy «Federico» Grant or Fitzroy Coleman (guitar), Brylo Ford (cuatro), Neville Boucarut or Rupert Nurse (acoustic bass) and Reuben «Dreamer» François (congas). Recorded in London, England. 1952.
(6) same as above, circa 1958.
(7) (Fitzroy Alexander a.k.a. Lord Melody) Lord Melody (vocals), other musicians unknown. Circa 1957.
(8) (Slinger Francisco a.k.a. Mighty Sparrow) The Mighty Sparrow, vocals, other musicians unknown. 1958.
(9) Same as above.
(10) (Egbert Moore a..k.a. Lord Beginner) Lord Beginner, vocals, other musicians unknown. Circa 1956.
(11) (Louis Eugene Walcott a.k.a. The Charmer a.k.a. Louis Farrakhan). The Charmer, vocals, with Johnny McCleverty & His Calypso Boys. Recorded in the U.S.A., circa 1953.
(12) (13) No information has surfaced about these two tracks.
(14) (Cecil Anderson a.k.a. The Duke of Iron) The Duke of Iron, vocals, other musicians unknown. Circa 1950.
(15) (Trad.) The Roaring Lion, vocals, other musicians unknown. 1941.
(16) No information has surfaced about this track.
(17) Same as above.
(18) (George Browne a.k.a. Young Tiger) Young Tiger, vocals, other musicians unknown. Circa 1957.
(19) same as 5. Circa 1958.
(20) Circa 1956.
(21) (Hubert Raphael Charles a.k.a. Rafael de Leon, a.k.a. The Roaring Lion). The Roaring Lion, vocals, other musicians unknown. 1955.

CD2 
1. Marjorie’s Flirtation - Lord Kitchener 
2. Life in Brazil - Lord Melody 
3. Chinese Children Call Me Daddy - Mighty Terror 
4. No More Rocking & Rolling - Mighty Sparrow 
5. Russian Satellite - Mighty Sparrow  
6. Teresa - Mighty Sparrow  
7. Short Little Shorts - Mighty Sparrow 
8. Mad Bomber - Mighty Sparrow 
9. Fire Down Below - Beauty & the Brute Force Steel Band
10. Boys Days - Enid Mosier & her Trinidad Steel Band
11. She Like It, He Like It - Young Tiger
12. Calypso Be-Bop - Young Tiger
13. Trinidad, the Land of Calypso - The Roaring Lion
14. Wash Your Hands - The Roaring Lion
15. Give Her the Number One - Eric Hayden
16. Black Pudding - Lord Kitchener
17. Romeo - Lord Kitchener
18. Nosey Mother- In-Law - Lord Kitchener
19. Rhumba Anna - Lord Kitchener
20. Woman’s Figure - Lord Kitchener
21. If You’re Not White, You’re Considered Black - Lord Kitchener

(1) (Aldwyn Roberts a.k.a. Lord Kitchener) Lord Kitchener, vocals. Other musicians probably include Joe Harriott or Albon Timothy (saxophone), Freddy «Federico» Grant or Fitzroy Coleman (guitar), Brylo Ford (cuatro), Rupert Nurse (acoustic bass) and Reuben «Dreamer» François (congas). Recorded in London, England. 1958.
(2) (Fitzroy Alexander a.k.a. Lord Melody) Lord Melody (vocals), other musicians unknown. Circa 1956.
(3) (Fitzgerald Cornelius Henry a.k.a. Mighty Terror) Mighty Terror, vocals, other musicians unknown. Circa 1956.
(4)(5)(6)(7)(8) (Slinger Francisco a.k.a. Mighty Sparrow) The Mighty Sparrow, vocals, «accompanied by Sparrow & The Boys», musicians unknown. 1958.
(9) (Ned Washington, Lester Lee) Dot Evans (vocals), other musicians unkown. 1957.
(10) (Enid Mosier) Enid Mosier, vocals «& her Trinidad Steel band», other musicians unkown. Circa 1957.
(11) (George Browne a.k.a. Young Tiger) Young Tiger, vocals, other musicians unknown. Circa 1956.
(12) Same as above.
(13) (Hubert Raphael Charles a.k.a. Rafael de Leon, a.k.a. The Roaring Lion) The Roaring Lion, vocals, other musicians unknown. Recorded in London, England. Circa 1955.
(14) Same as above.
(15) (Eric Hayden) Eric Hayden, vocals other musicians unknown. Circa 1956.
(16) (Aldwyn Roberts) Same as track 1, disc 1. Recorded in London, England. Circa 1959.
(17) (18) (19) (20) (21) (Aldwyn Roberts) Same as track 1, disc 1. Recorded in London, England. Circa 1958.


CD Trinidad Calypso © Frémeaux & Associés (frémeaux, frémaux, frémau, frémaud, frémault, frémo, frémont, fermeaux, fremeaux, fremaux, fremau, fremaud, fremault, fremo, fremont, CD audio, 78 tours, disques anciens, CD à acheter, écouter des vieux enregistrements, albums, rééditions, anthologies ou intégrales sont disponibles sous forme de CD et par téléchargement.)

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Articles de presse associés à ce coffret :

ENTRETIEN DE BRUNO BLUM AVEC FRANCOIS MAUGER - MONDOMIX
- François Mauger : On vous connaissait comme expert du reggae. On retrouve aujourd'hui votre nom associé à des compilations de mento jamaïcain, de goombay bahaméen et de calypso trinidadien. Que s'est-il passé ? Vous avez eu l'impression que tout avait déjà été dit à propos du reggae ?
- Bruno Blum : Non, pas du tout. Mais je m’intéresse à l’héritage des Caraïbes d’une manière générale, pour ne pas dire à l’héritage afro-américain. Les Caraïbes constituent une région qui a immensément influencé les musiques du monde entier. Le reggae, notamment, mais ce qu’il s’est passé avant le reggae est très intéressant aussi. Et la Jamaïque n’est pas la seule île des Caraïbes. Trinidad, qui est à côté du Venezuela, à l’extrême sud des Caraïbes, est l’île d’où est partie la mode du calypso, qui a bouleversé la pop musique mondiale dans les années 50, avec Harry Belafonte. Trinidad est essentielle. C’est l’une des grandes îles, avec la Jamaïque et Cuba, d’où des vagues de musique sont parties et ont déferlé sur les Etats-Unis, puis sur le monde. Il me semblait intéressant de faire une anthologie, parce que celles qui existent ne sont pas terribles. Là, sur ce double album très documenté, il y a les meilleurs artistes. Il y a des milliards d’anthologie nord-américaines, des milliards d’anthologie européennes mais, pour Trinidad, il y avait un véritable manque.

- François Mauger : Les points communs entre les titres jamaïcains, bahaméens et trinidadiens que vous avez compilés sautent aux oreilles. Comment peuvent sauter aux oreilles les points communs entre musiques haïtiennes, guadeloupéennes et martiniquaises. Ou entre les musiques de Cuba et de Puerto Rico. Les échanges culturels, dans les Caraïbes, se font en fonction des langues ?
- Bruno Blum : Je crois qu’il faut se souvenir qu’à la fin des années cinquante, les Caraïbes ont essayé de former un Etat, qui devait s’appeler la Fédération des Indes Occidentales, Federation of the West Indies. Ca a foiré parce qu’il y a eu des dissensions, des tensions entre les îles. Mais il faut penser les Caraïbes comme un pays. Il y a une vraie unité. Par ailleurs, les Caraïbes ont également un héritage colonial. Les langues européennes jouent donc un rôle important, qu’il s’agisse de l’anglais, du français, de l’espagnol, du néerlandais. Trinidad et la Jamaïque sont les deux grandes îles anglophones. Elles sont très proches, leurs habitants partagent beaucoup de chose, notamment un répertoire musical ancien. Mais on pourrait parler aussi des Bahamas, voire des Bermudes (je vais sortir bientôt une anthologie des Bermudes). D’une manière générale, la langue anglaise a beaucoup imprégné les Caraïbes et c’est passionnant de voir à quel point, malgré cette influence originelle, ces pays sont différents …

- François Mauger : Dans le très réussi "No more rocking & rolling", Mighty Sparrow définit le calypso comme du « rhythm and rhyme » (littéralement : « rythme et rimes »). Dans le calypso, ce sont les paroles qui comptent le plus ?
- Bruno Blum : La raison pour laquelle Mighty Sparrow parle de « rhythm and rhyme », c’est d’abord parce que, dans les années 50, on appelait toutes les musiques noires « rhythm music ». Les musiques noires étaient quasiment indistinctes à cette époque là. On ne parlait pas – ou peu – de rock’n’roll, de blues, de jazz, de swing, … On parlait de « rhythm music », pour ne pas dire de « musique de nègre ». Lui, parle de « rhythm and rhyme ». C’est bien sûr une façon de jouer avec les mots « rhythm’n’blues ». Mais, c’est vrai que la spécificité du calypso, c’est que les paroles ont une grande importance. C’est un héritage de la chanson anglaise, où il y a une qualité littéraire, qu’on retrouve chez Lord Kitchener ou Mighty Sparrow. Leurs chansons sont très drôles. C’est très fin. Il y a d’incessants jeux de mot. A cet égard, on pourrait comparer le calypso avec la chanson française, qui est axée sur les paroles.

- François Mauger : On découvre également sur cette compilation une autre facette du très décrié Louis Farrakhan, le dirigeant de la Nation of Islam à qui certains reprochent d'avoir encouragé les assassins de Malcolm X : il a commencé en chantant des calypsos, comme ce "Female boxer" que vous avez retenu. Comment est-il passé de l'univers populaire et grivois du calypso au militantisme radical ?
- Bruno Blum : Louis Farrakhan se faisait appeler « The Charmer » avant de commencer sa carrière politique et de devenir le leader de Nation of Islam. C’est lui qui a succédé à Elijah Muhammad, qui était un fondamentaliste assez violent. Farrakhan est lui aussi fondamentaliste et il a été mis à l’écart pour ses prises de position antisémites. A l’origine, il n’était pas trinidadien. Je crois que ses parents étaient originaires des Iles Vierges, à côté de Porto Rico. Il vivait dans une communauté de Caraïbéens aux Etats-Unis. Je crois que c’était à Boston. Dans le contexte de la ségrégation raciale, qui était également à l’œuvre dans le nord, même si c’était de façon plus voilée, il s’est aperçu que, dans le calypso, il y avait une vraie dimension littéraire, une ironie et une arrogance qui étaient autrement impossibles aux Etats-Unis. Il faut se souvenir que l’un des héritages de l’esclavage est l’habitude des Afro-Américains de parler une langue d’initiés. Nous, on a le louchebem pour les bandits. Eux, ils avaient une manière de s’exprimer par métaphore. Ils ne disaient pas les choses directement parce qu’ils pouvaient avoir des ennuis. Ils utilisaient des métaphores comme « rock and roll », qui voulait dire « baiser ». Pour Louis Farrakhan, c’était très important que les Afro-Américains puissent dire des choses, puissent critiquer la société. En chantant des calypsos, c’était possible, ça passait. Il avait pas mal de talent, d’ailleurs. C’était un bon musicien, il jouait du violon. Un jour, il a décidé de suivre le mouvement Nation of Islam et Elijah Muhammad lui a dit que ce n’était pas possible de faire de la musique pop et d’être l’idole des jeunes femmes s’il voulait être pris au sérieux. Il a abandonné sa carrière de musicien après quelques disques et il est devenu Louis Farrakhan.

- François Mauger : Finalement, de tous les chanteurs de l'âge d'or du calypso, ces années 40 et 50 que vous avez amoureusement compilées, qui est votre favori ?
- Bruno Blum : Le calypso moderne a un grand leader qui est éclatant, qui brille : c’est Lord Kitchener. Il a eu une grande influence en Jamaïque. Il y a passé pas mal de temps d’ailleurs. Il a inspiré le renouveau du calypso moderne, notamment Mighty Sparrow, son suiveur. Lord Kitchener était un grand mélodiste et un grand parolier. Ses compositions ont été adoptées par les groupes instrumentaux de steel drums. Ses arrangements étaient particulièrement balaises parce qu’il enregistrait en Angleterre. Il n’est revenu à Trinidad qu’après l’indépendance et il y a obtenu un succès plus grand encore. Enfin, c’était un beau mec, qui s’habillait très bien, qui avait un charme incroyable. Ca s’entend tout de suite dans les disques. Il a une voix très particulière. Bref, il avait tout : les compositions, le charme, l’humour (c’est très important), les meilleurs musiciens, …

- François Mauger : Très érudit et d'une grande précision, le livret de vos compilations fait généralement près de 30 pages. C'est pour vous important que se transmette l'histoire de ces titres enregistrés il y a plus de 50 ans ?
- Bruno Blum : Il me semble en tout cas que le calypso a une grande importance historique. Ca s’entend tout de suite sur ce disque : il n’y a pas beaucoup de pays qui pourraient rivaliser avec cette petite île. En plus, le calypso a été enregistré avant le jazz, avant le blues. C’est la plus ancienne musique afro-américaine gravée. Pourtant, elle est mal documentée. Donc, je me suis pris la tête à documenter ça de manière sérieuse. Il y a sûrement une ou deux erreurs mais j’espère que ça deviendra un disque de référence. En France, il n’y a pas de publication sérieuse sur la musique trinidadienne, ou presque pas. Ca me semble incroyable …

- François Mauger : De quel côté vous verra-t-on ressurgir dans les prochains mois ? Du côté de la Jamaïque ? Ou de l'Erythrée, où vous aviez produit l'album des Asmara All Stars ?
- Bruno Blum : L’album de l’ Asmara All Stars continue son chemin. Il est « album de l’année » dans Songlines, qui est le meilleur canard world music en Angleterre. J’en suis ravi. Je suis en train de travailler avec le Yaoundé All Stars en ce moment. Pour ce disque, je joue avec une quinzaine d’artistes du pays. Je prépare également la sortie de mon prochain album, qui va être un album de reggae, avec mon gros tube du moment puisque, sur Youtube, trois amateurs ont réalisé des vidéos différentes pour ma chanson parodique Viens fumer un petit joint à la maison. Pour ce qui est de la collection Caraïbes, que je dirige chez Frémeaux et Associés, il y a cette compilation de Trinidad et une autre compilation de calypso, avec une sélection complètement différente puisqu’elle est internationale, avec Harry Belafonte, Robert Mitchum et même Henri Salvador. Salvador a enregistré un superbe calypso où il chante « Je peux pas travailler / J’ai toujours mal aux doigts de pied ». Le prochain volume sera consacré à la Jamaïque mais je ne vous en parle pas maintenant. Patience, patience…"
Propos recueillis par François MAUGER - MONDOMIX
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